mardi 8 décembre 2015

Vin nature: Pourquoi est-il difficile d'aimer?

Tranquille dans l'écriture sur ce blogue depuis un certain temps, mais je suis tombé sur un texte de Marc André Gagnon aujourd'hui sur le site Vin Québec qui m'a totalement sidéré. M. Gagnon y explique avoir assisté à une dégustation de vins natures et avoir eu du mal à aimer, comme la plupart des dégustateurs présents. Jusque là il n'y avait rien de surprenant. Là où M. Gagnon m'a jeté par terre c'est dans sa quête d'explications pour comprendre le caractère rebutant de plusieurs de ces vins.

Le vin aux arômes fruités, épicés et floraux plaisants est essentiellement dû à l'action d'un micro-organisme et des enzymes codés dans son génome qu'il exprime. Ce micro-organisme est la levure Saccharomyces cerevisiea. Ce micro-organisme ne produit pas d'arômes désagréables en cours de fermentation car il possède la bonne série d'enzymes. Le match entre la génétique de Vitis vinifera et Saccharomyces cerevisiea est un match parfait. Toutes les voies métaboliques permises par les enzymes de ces organismes, vigne bien cultivée et levure, mènent à un résultat heureux. La base du vin tel qu'on le connaît et l'accepte généralement est dû à cette combinaison vigne-levure. Toutefois, pour que ce résultat se révèle à son plein potentiel, l'intervention humaine est primordiale. La vigne doit être cultivée de la bonne façon et le raisin récolté au bon moment. Ensuite, le processus de fermentation doit assurer la prédominance claire de Saccharomyces cerevisiea et la stabilité relative du résultat final. Pour cela l'usage éclairé des sulfites est primordial. Les sulfites sont nécessaires pour éviter l'action d'autres micro-organismes et pour préserver le vin de l'oxydation. Les sulfites sont le complément nécessaire au duo béni vinifera-cervesiea.

Lorsqu'on laisse d'autres enzymes issues d'autres micro-organismes venir agir sur la matière produite par le duo béni, on ouvre la porte au pire. On ouvre la porte à des organismes de dégradation, voire de putréfaction, qui par nature produisent des arômes désagréables. Le vin nature contient toutes sortes d'arômes rebutants car on laisse agir des micro-organismes indésirables sur la matière obtenue. Ces micro-organismes indésirables (levures, bactéries) possèdent des enzymes qui permettent la dégradation des arômes plaisants, ou de molécules inodores, en arômes déplaisants. On peut ajouter à cela le processus d'oxydation que favorise l'absence de sulfites comme facteur aggravant, l'oxydation générant souvent des arômes désagréables, comme, par exemple, l'odeur de beurre rance.

Je le répète, la base du vin tel qu'on le conçoit généralement est le raisin de Vitis vinifera bien cultivé, fermenté sous très forte influence de Saccharomyces cerevisiea. et stabilisé par addition de sulfites. Ce trio donne la base aromatique plaisante du vin, l'élevage sous bois peut venir ajouter des éléments aromatiques exogènes, et la micro-oxygénation de l'élevage sous bois peut aussi finement altérer le profil aromatique. Il y a ensuite l'élevage en bouteille qui est un long processus qui peut aussi modifier positivement le vin stable au niveau microbiologique. La base du vin c'est ça. Ceci dit, je sais d'expérience que tous les goûts sont dans la nature et que la sensibilité aux arômes peut être très variable entre individus. Je sais que certains amateurs aiment des vins sentant le crottin de cheval, le poulailler et autre odeurs normalement déplaisantes. Je sais que certains aiment aussi des vins volontairement oxydés, mais pour moi l'essence du vin n'est pas là. Le vin de terroir qui m'intéresse est le vin issu de l'action du duo béni vinifera-cervesiae. Je veux que mes vins reflètent le génome du cépage, lorsque bien cultivé et modulé par le terroir, et que cette empreinte unique ne soit pas altérée par une panoplie de micro-organismes de dégradations nuisibles. Telle est ma conception du vin, le reste c'est de l'esbroufe pour amateur blasé ou pour sommelier en quête de pseudo nouveauté.


jeudi 12 novembre 2015

CÔT, LIMITED EDITION, 2005, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



Ah! Perez Cruz. Le producteur chilien pour faire crier d'horreur tous les europhiles que le côté végétal de certains jeunes rouges chiliens de la vallée centrale horripile. Perez Cruz c'est pourtant un des producteurs chiliens qui donne le plus dans le vin de terroir. Ce terroir de Huelquen, dans la partie sud-est de l'Alto Maipo, transcende les cépages et se retrouve en jeunesse dans tous les vins de ce producteur qui ne fait que du rouge. Autre preuve s'il en fallait de l'approche terroir éclairée qui prévaut dans cette maison qui fait de la qualité sur toute sa gamme de vins. Avec maintenant 10 années au compteur, j'ai pensé que c'était un bon moment pour évaluer ce vin de Malbec, un cépage à l'aspect végétal moins exacerbé que les cépages de la famille des Cabernets. Voyons ce que ça donne.

La robe est toujours sombre et opaque. Le nez est distinctif. Le style Perez Cruz qui transcenda les cépages y est facilement reconnaissable, surtout à l'ouverture où un aspect sauvage est bien présent. Le vin présente un aspect végétal (frais et vert) bien senti (cassis frais, menthol, eucalyptus, camphre, poivron vert et rouge, résine, sous-bois). Tout cela est mélangé à une bonne présence fruitée (cerise, côté fruité du cassis frais) et à des notes boisées (épices douces, torréfaction). Toutefois, l'aspect végétal perd en importance après une longue aération, et est presque imperceptible le deuxième jour. Globalement on a affaire à un vin au nez très complexe et évolutif présentant une large palette d'arômes. C'est un peu déroutant à l'ouverture et plus classique le lendemain. Le bouche a suivi le même processus d'évolution, mais de manière moins accentuée au niveau de la perception du phénomène. Le fruité très marqué joue un peu un rôle de tampon et garde tout du long le devant de la scène. L'attaque est ample et intense, avec un équilibre de vin qui commence juste à s'assouplir un peu. La présence en bouche est encore très forte et les saveurs n'ont pas encore la marque claire de l'évolution en bouteille. Ce vin est donc un jeune adulte qui commence à montrer un profil un peu plus retenu, même s'il a encore la fermeté et l'intensité de la jeunesse. Le niveau de concentration est élevé et la matière dense, mais la souplesse tannique permet l'obtention d'un bel équilibre vigoureux à ce stade. Le cassis épicé marque le milieu de bouche et la finale est intense et longue sur des relents chocolatés amers à la toute fin.

Bel exemple de rouge chilien relativement ambitieux et entre deux âges qui assume complètement son origine. On est ici sur un réel vin de terroir en ce sens que le cépage semble un facteur secondaire pour expliquer la nature du vin. Ceci dit, plus le temps passera et moins ce sera vrai. Plus le temps passera et plus le côté végétal du vin s'amenuisera pour laisser dans 10 ans toute la place à un fruité/épicé évolué de très belle facture. Ce vin est un bon exemple de vin de connaisseur. Je dis cela sans prétention. Je veux juste dire qu'il faut bien connaître le vin chilien et sa dynamique de garde pour pouvoir le mettre en juste perspective. C'est un vin qui pourrait facilement être condamné en jeunesse par certains amateurs qui n'ont pas l'habitude de ce type de vins. En d'autre mots, je pourrais dire que les vins de Perez Cruz ont un côté exacerbé qui demande à être apprivoisé, pas pour rien que j'utilise l'adjectif sauvage pour les décrire en jeunesse. Des vins qui en jeunesse demandent au non initié la volonté de sortir de sa zone de confort, et qui récompenseront l'amateur qui aura su patienter, avec un superbe profil de rouge évolué. Perez Cruz se situe au haut de la liste des producteurs chiliens d'inspiration bordelaise. Un vin de Perez Cruz est disponible au Québec, le moins bordelais du lot, soit la Syrah, Limited Edition, 2010. J'ai déjà commenté le millésime 2003 de cette cuvée. C'est une très belle Syrah chilienne de la vallée centrale avec un superbe potentiel de garde. Vaut amplement son prix.



dimanche 1 novembre 2015

Le vin sauvage

Ceux qui me lisent avec régularité savent que je ne suis pas séduit par l'idée romantique de vin naturel. Une de mes critiques pour dénoncer ce mouvement est que la culture de la vigne n'est pas naturelle, surtout en Europe où la grande majorité des vignes sont greffées sur des portes-greffes. L'idée de vin naturel meure ainsi dans l’œuf. Un producteur chilien, J. Bouchon, vient de m'enlever un de mes arguments en élaborant un vin sauvage. C'est-à-dire un vin élaboré à partir de raisins venant de vieilles vignes non cultivées et non greffées du cépage Pais. Bien sûr le vin ne se fait pas tout seul et a toujours besoin de l'intervention humaine pour exister, mais à ma connaissance c'est le vin qui se rapproche le plus de l'idée impossible de vin naturel. Ceci dit, cette façon de faire est bien sûr inapplicable pour une réelle production commerciale et n'a aucun lien avec la qualité finale du produit. Il s'agit plus d'une curiosité pour "wine geek" qui veut goûter le vin élaboré de toutes les manières possibles.

lundi 26 octobre 2015

L'art de se tirer dans le pied

L'art de se tirer dans le pied, c'est vraiment la phrase qui m'est venue en tête à la lecture d'un article récent de la revue Decanter sur l'état des vins de Cabernet Sauvignon au Chili. Cet article fait suite à une dégustation en semi-aveugle de jeunes Cabs publiée aussi dans Decanter en juin dernier. Je spécifie jeunes et semi-aveugle car les résultats de cette dégustation me semblent très sévères et la connaissance de l'origine des vins et leur prime jeunesse, sans mise en contexte du potentiel d'évolution des vins, me semble être en cause pour expliquer le jugement sévère. Cela sans compter l'absence de bon nombre de vins intéressants de ce cépage. Les dégustateurs savaient qu'il n'y avait pas de grands noms dans le lot pouvant les faire mal paraître car il n'y a pas au Chili de monuments inattaquables. Disons que ça aide à être sévère, surtout lorsque saturé par la dégustation à la chaîne de 86 jeunes vins du tannique cépage. Ceci dit, au-delà des résultats de la dégustation, ce sont les propos des winemakers chiliens qui m'ont déçus. Il faut dire que l'auteur spécifie que le constat est loin d'être unanime mais il a préféré transmettre le message de ceux séduits par l'approche minimaliste.

La mode dans le monde du vin est au minimalisme avec comme devise le fameux "Less is more". Cette mouvance en a aussi contre les grands cépages et préfère les cépages obscurs aux Cab, Pinot et Chardonnay de ce monde. La production à large échelle est aussi vue comme une mauvaise chose. Les défenseurs de cette vision du monde du vin ont une influence importante sur la presse spécialisée. Il est de bon ton pour les chroniqueurs-vins de donner un écho favorable à cette idéologie qui mélange bien des choses en oubliant souvent la qualité réelle du vin. Comment ne pas avoir un préjugé favorable pour un petit producteur artisan versus un grand château bordelais ou une grande compagnie qui rime avec industrie?

Cette bataille idéologique ne me dérange pas vraiment d'un point de vue global. Elle est même saine à plusieurs égards et peut servir de contrepoids à une tendance globalisante et corporatiste. Ceci dit, il y a des pays qui ont un statut tellement solide que ces batailles peuvent avoir lieu à l'interne. Des Français peuvent dénoncer des Français et dire que Bordeaux c'est terrible, la force de la marque France en matière de vin est tellement grande qu'il n'y a pas de répercussions réelles car il y a une clientèle pour chaque groupe. Dans le cas du Chili, la situation est toute autre. Ce pays vinicole semble souffrir de tous les supposés vices dénoncés par le mouvement minimaliste. C'est un pays où l'activité vinicole est d'abord et avant tout une industrie d'exportation contrôlée en majorité par de grosses compagnies. C'est aussi un pays en déficit de prestige et qui se rabat sur des cépages prestigieux pour essayer de se donner un tout petit peu de ce prestige. Comme la production du pays est axée sur l'exportation, les vins sont souvent élaborés pour tenter de plaire à ces marchés de la façon la plus évidente. Il est clair que ce n'est pas le royaume du vin d'auteur. C'est aussi un pays qui pour des raisons commerciales à court terme ignore très largement le potentiel de garde de ses vins, même si à moyen et long terme cela pouvait contribuer à améliorer l'image de ceux-ci.

Toute comparaison est un peu boiteuse, mais au Chili, les grosses compagnies sont un peu l'équivalent de Bordeaux en France. Elles produisent du volume et sont capables du meilleur comme du pire. La différence étant que les grosses compagnies vinicoles du Chili n'ont pas de monuments inébranlables comme les grands crus classés pour s'ancrer contre les charges à son encontre. En France tous les petits qui veulent se démarquer peuvent casser du sucre sur le dos de Bordeaux sans conséquences réelles. Le Chili n'a pas ce luxe. Quand des producteurs chiliens, attirés par l'approche minimaliste, vont dans une revue comme Decanter pour parler négativement des vins de Cabernet de ce pays, sans trop de nuances, cela n'aide certainement pas leur cause. Je pense vraiment que c'est un geste irréfléchi et nuisible pour l'ensemble. Tous les pays produisent de mauvais vins, ou des vins formulés et sans trop d'intérêt. Des vins strictement commerciaux et industriels il y en aura toujours, certains exécrables, et d'autres pas mauvais.du tout, au Chili comme ailleurs. Le Chili a suivi au cours de la première décennie du présent siècle la mode de la maturité phénolique à tout prix. À ce chapitre il n'a pas été différent des autres pays où l'on a vu une montée générale des titres alcooliques que cette pratique entraîne. Ceci dit, beaucoup de vins élaborés selon cette approche sont très bons, quoi qu'on en dise. Bien sûr, si notre truc c'est le vin léger et gouleyant, je ne vois pas d'intérêt à s'intéresser au Cab. Quand je vois Marcelo Retamal de De Martino dire qu'il n'aime pas ses vins des années 2000 ça me fait un peu de peine car il a tort. J'ai encore de ses vins du début du siècle en cave et qui titrent à 14.5%. Ces vins ont très bien évolué, intégré leur bois et sont actuellement délicieux. Qu'on veuille faire du Cab avec un style de Beaujolais, moi je veux bien, mais je persiste à croire que la force du cépage réside ailleurs et je ne mettrais pas bien des bouteilles de ces vins peu extraits et boisés en cave. Le bois bien utilisé fait partie intégrante des rouges de type bordelais, peu importe l'origine. Il est à mon avis essentiel pour permettre au vin de bien vieillir. Qu'on veuille une plus grande variété stylistique me semble tout à fait souhaitable. Le Chili a déjà prouvé qu'il pouvait faire de très beaux vins de longue garde avec des fruits vendangés plus hâtivement. D'ailleurs, depuis 2010 environ, on voit une baisse des titres alcooliques de bien des rouges chiliens. Il y a un retour à des vendanges plus hâtives, mais le style très mature est toujours bien présent. Je suis pour cette variété stylistique, mais il n'y pas besoin de rabaisser une chose pour vanter les mérites d'une autre. Bordeaux a ses vins à 14.5% et même parfois 15% d'alcool, je ne vois pas pourquoi ce serait terrible de faire ça dans la vallée centrale chilienne qui a des zones de culture plus chaudes. Non. Le Chili n'a vraiment pas le luxe de jouer le jeu des guéguerres idéologiques qu'on voit en Europe.

Finalement, les résultats de la dégustation et l'article de Decanter montrent très bien que la plus grande carence des producteurs chiliens repose dans leur ignorance du potentiel de garde de leurs vins. Un article récent de la revue chilienne Vitis Magazine met très bien en lumière cette situation. La garde du vin n'est associée par les producteurs chiliens qu'à leurs méga-cuvées hyper concentrées et très chères qui prendront au moins 30 ans à s'assouplir un peu. Il n'y a pas de culture générale de garde du vin au Chili et les producteurs ne veulent pas investir dans des installations pour le faire. La vision est basée sur le retour sur investissement à très court terme et le pays continue de mettre en marché des vins très jeunes souvent difficiles à boire tellement ils débordent de matière. Dans ce contexte, la plupart des critiques qui évaluent de jeunes vins chiliens font fi du potentiel de garde de ceux-ci car ils n'ont pas d'expérience avec des vins évolués de ce pays et que cela n'est jamais mis de l'avant par les producteurs, exemples à l'appui. Dans ces conditions, pas étonnant que les très jeunes vins soient rapidement condamnés. Je sais par expérience que le potentiel de métamorphose de plusieurs de ces vins est difficile à prévoir lorsqu'on les aborde dans toute l'exubérance chilienne de leur jeunesse. Pour un palais européen, ces jeunes vins semblent souvent avoir trop de tout, alors que 10-20 ans plus tard ils atteignent un autre type d'équilibre, plus classique. Moi je les aime des deux manières car la garde du vin est une façon d'accéder avec les mêmes vins à plus de variété stylistique. Dommage que les chiliens n'aient pas compris le potentiel de leurs propres vins. Vraiment, autant j'aime les vins de ce pays, autant, parfois, ceux qui les font me désespèrent. Je suppose que c'est une caractéristiques des petits peuples du Nouveau-Monde de ne pas avoir pleinement conscience de leur potentiel. Comme Québécois c'est quelque chose que je peux comprendre.



mardi 20 octobre 2015

Brettanomyces: Le processus d'acceptation

Oui je sais, retour encore une fois sur ce sujet. Je ne pouvais passer à côté, étant tombé sur un texte dans la revue Decanter qui illustre parfaitement comment on en vient à accepter les arômes de Bretts dans le vin, et même à prétendre trouver ça bon. Le chroniqueur Andrew Jefford nous explique avoir participé à une dégustation à l'aveugle de Cabs californiens et australiens haut de gamme et que lui et deux de ses collègues y ont mal coté le vin californien Cain Five, 2008. La suite est intéressante puisqu'on y apprend que M. Jefford s'est senti un devoir de contacter le winemaker du Cain Five, Chris Howell, pour s'excuser d'avoir mal coté son vin. Un comportement qui en dit beaucoup déjà sur la difficulté qui existe dans ce milieu à dire du mal de vins chers et réputés. Il faut protéger ses arrières pour durer dans ce métier. Jusque là M. Jefford ne parle pas de Bretts pour expliquer pourquoi il n'a pas aimé le Cain Five. Puis ensuite on apprend que l'explication de M. Howell est qu'il  produit des vins réduits et brettés intentionnellement. Pas de surprise-là pour moi. J'ai toujours dit que des producteurs utilisaient les levures Brettanomyces intentionnellement pour donner un style particulier à leurs vins.

La suite de l'histoire montre comment on en vient à accepter les Bretts dans les vins haut de gamme. Jefford n'a pas aimé le vin à l'aveugle, ses collègues non plus, le caractère bretté en est fort probablement une cause, mais son ami winemaker lui explique qu'au contraire c'est une bonne chose, comme d'autres défauts œnologiques. M. Jefford gobe ça et se monte un petit scénario alambiqué pour valider le tout. Il nous dit avoir ensuite fait goûter le vin à un bon petit couple qui connaîtrait peu de chose en matière de vin, mais qui à l'évidence ont un palais bien français et aiment bien le profil aromatique des bons vieux clarets, et voilà, le tour est joué! Le vin qui n'était pas aimé à l'aveugle est réhabilité, face à un vilain vin sucré/vanillé du Nouveau-Monde, en même temps que ses défauts qui devraient être d'une autre époque. Cet exemple montre bien le processus insidieux qui amène l'amateur à accepter et même, à terme, apprécier les arômes de bretts. Des arômes qui sont à la base rebutants pour une majorité de personnes sont apprivoisés par les dégustateurs car ils sont présents dans des vins de renom. Je l'ai déjà dit, pour devenir un amateur de vin haut de gamme il faut pouvoir accepter les arômes de bretts, ou y être peu ou pas sensible.

Cet exemple montre aussi que ces arômes sont placés-là volontairement par de nombreux producteurs. Je me souviens m'être déjà sévèrement fait rabrouer sur un forum de discussion pour avoir avancé que des producteurs utilisaient les Bretts volontairement dans l'élaboration de leurs vins. Le cas de M. Howell et de son Cain Five a le mérite d'être clair. Pas de petit secret un peu honteux de fabrique. Le texte de Andrew Jefford montre bien comment on peut tordre une réalité de départ pour qu'à la fin elle corresponde à ce qu'on voudrait qu'elle soit et devienne ainsi acceptable. Le même processus opère pour l'amateur de vin novice devant un verre d'un vin renommé et bretté ouvert par un ami connaisseur. Le buveur expérimenté s'extasie de la complexité du bouquet et de la qualité du vin, et face à cela le novice prend note. Ensuite, soit il renonce aux grands vins, soit il acquiert le goût avec le temps et l'habitude et transmet la chose par la suite au prochain novice qui voudra découvrir ce monde merveilleux où le conformisme joue un grand rôle.



samedi 17 octobre 2015

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2000, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ




Retour sur un vin que j'ai déjà commenté sur ce blogue en février 2012. Je n'ai relu ce que j'en disais alors qu'après avoir écrit ce qui suit ci-bas. Il n'y a pas à dire, ce vin touche ma fibre existentielle. Drôle de coïncidence...

La robe est légèrement tuilée et translucide. Le nez est simplement superbe avec un équilibre impeccable entre fruit (cerise) et épices douces d'aspect évolué, complétés par des notes de bois de cèdre, de camphre et de torréfaction. Ce nez est tellement agréable et juste dans son niveau d'expression qu'on a l'envie constante d'y revenir en cours de dégustation. Le charme ne se brise pas en bouche ou l'équilibre est aussi réussi. L'aspect tactile est caressant avec une trame tannique soyeuse qui sert d'écrin à un fruit évolué d'une très belle qualité et admirablement marié à des notes doucement épicées qui elles aussi montrent la signature d'une heureuse évolution en bouteille. Le milieu de bouche révèle un vin harmonieux aux proportions d'une grande justesse. Rien ne dépasse dans ce vin, pas d'excès de quelconque nature, ça coule de source sans effort pour offrir un délice raffiné. La finale ne trahit rien et se montre à la hauteur de l'amorce, avec grâce et harmonie sur une longueur de très bon calibre.

Dire que j'ai aimé ce vin est un euphémisme. La quintessence du Cab chilien de type Reserva ressemble à ça. On peut préférer le style Maipo à ce vin très marqué Errazuriz/Aconcagua, mais c'est comme devoir choisir entre deux très belles choses. Vous penserez peut-être que mon enthousiasme pour ce vin est exagéré. Qu'un vin de 18$ ne peut pas être aussi bon, surtout après 15 ans. Il faut le goûter pour le croire. Ce vin a maintenant une texture qui se rapproche de celle d'un vin de Pinot Noir, mais avec un profil aromatique de Cabernet évolué au boisé bien fondu. Selon moi ce vin est actuellement à son meilleur et devrait y rester pour encore quelques années, ce qui concorde avec l'idée voulant que la fenêtre de garde pour les rouges chiliens de type Reserva bien choisis est de de 10 à 20 ans après le millésime, ce qui veut dire environ 7 à 17 ans de garde. Dans le cas de ce vin, je l'ai gardé 12 ans en cave. Ça n'a l'air de rien, mais il faut avoir de la patience, alors imaginez la patience qu'il faut pour les vins plus concentrés, extraits et boisés. Qui va garder ça 25 ans avant de l'ouvrir? Vous vous montez une cave avec ce genre de bêtes? Préparez-vous à être très patients ou à être déçus quand vous les ouvrirez trop tôt. C'est pourquoi je vante tant les rouges chiliens de type Reserva. Ils ont une courbe d'évolution plus accessible pour en profiter sans trop de risque de mourir avant que le vin ne soit prêt. Plus on avance en âge et plus cet argument prend de poids. À part ça, il y a toujours le prix qui est formidable au vu de la qualité.  On peut l'acheter à la caisse en tout temps dans une SAQ Dépôt pour un peu plus de 16$ la bouteille.

jeudi 15 octobre 2015

Un vigneron bourguignon remet les pendules à l'heure

Depuis le début de ce blogue un des thèmes récurrents est le rôle primordial de l'homme dans l'élaboration du vin. La lecture de cette entrevue avec le producteur bourguignon Jean-Marie-Guffens fut un délice pour moi. La hiérarchisation à outrance des terroirs en prend pour son rhume, l'importance de la dégustation à l'aveugle et de l'utilisation judicieuse des sulfites sont réitérées, de même que l'importance de l'adaptation du vignoble au sol (clones, porte-greffes). Des sujets qui sont pour moi primordiaux. L'antithèse des rêveurs qui croient que le vin peut être naturel et se faire presque tout seul. Ça fait du bien de voir un vigneron dire sa réalité sans se préoccuper d'être dans le sens de la mode.

mercredi 14 octobre 2015

Vin de garde et RQP

Je suis tombé dernièrement sur le site LPEL sur les résultats d'une dégustation verticale du Domaine Montcalmès, un vin du Languedoc qui a son petit culte chez certains amateurs qui se veulent sérieux. C'est un vin vendu pour environ 40$, c'est un prix abordable selon les standards de ces amateurs, mais pour moi c'est un prix qui tire vers le haut de ce que je suis normalement prêt à payer pour une bouteille de vin. Toujours est-il que j'ai lu les commentaires et j'ai été étonné que l'on qualifie ce vin comme un RQP dans la catégorie des vins de garde et que l'on s'étonne qu'un 1999 puisse se présenter encore sous un bon jour. J'ai une cave remplie de rouges chiliens autour de de 20$ qui évoluent très bien sur au moins 20 ans, alors selon mes standards un vin de 40$ qui accomplit cela n'a rien d'un RQP.

Il y a maintenant six ans j'ai écrit ce texte sur la garde du vin en lien avec le RQP. Dans ce texte je disais avoir hâte que ma cave puisse me fournir plus de bouteilles que je ne considéreraient pas trop jeunes. Ceux qui suivent ce blogue avec un peu de régularité peuvent constater que j'ouvre de plus en plus de ces bouteilles avec une dizaine d'années ou plus au compteur. Au fil des années je suis revenu périodiquement sur le sujet du vin et de sa garde et de son RQP (Qu'est-ce qu'un vin de garde?), (Qualité et Prix), (Aborder le vin autrement). Je me suis relu et je pense être cohérent dans mon propos. Toutefois, une chose a changé par rapport aux débuts de ce blogue et même à ce que j'écrivais il y a 10 ans sur des forums, c'est l'expérience réelle en matière de garde de vin. Au début j'avais des convictions basées sur certaines expériences isolées avec des vins plus âgés et je faisais des corrélations entre ça et ce que je percevais dans des vins du même type, mais plus jeunes. J'étais convaincu mais une part de ma conviction relevait de ma confiance en moi comme dégustateur et en ma capacité de projeter ce que deviendrait un vin dans le temps. Ceci dit, tout convaincu étais-je, il y avait toujours un doute au fond de moi. Chaque fois que j'ouvrais une bouteille de rouge chilien de prix abordable qui avait finalement dépasser la dizaine d'années en bouteille, j'avais une crainte face au résultat. Je peux dire aujourd'hui que j'ai accumulé assez d'expériences positives pour ne plus avoir ce doute. Je ne dis pas qu'il n'y a jamais de déceptions avec ce type de vins, mais elles sont très rares.

Mon expérience de garde avec les rouges chiliens m'a aussi permis de faire des distinctions parmi les vins de ce pays que je mets en cave. Je n'ai presque pas de vins super-premiums de prix élevés. Je me suis concentré sur la gamme Reserva, et la gamme au-dessus en terme de concentration et d'ambition, une gamme qu'on pourrait appeler Gran Reserva, même si contrairement à l'Espagne, il n'y a pas de réglementation pour caractériser ce type de vins. Cette gamme est similaire aux vins super premium, mais les prix de ces vins demeurent abordables, et donc le RQP favorable. Ma limite de prix supérieure demeure autour de 50$ et les vins plus chers représentent un faible pourcentage de ma cave.

L'idée voulant qu'il faut payer cher pour un bon vin de garde a la vie dure. Ceci dit, il ne faut pas oublier qu'aucun vin présent dans ma cave ne peut être considéré comme prestigieux ou jouit d'un statut de vin culte, même à petite échelle. Non seulement les vins que j'ai en cave n'ont pas de prestige, mais ce sont des vins qui sont en déficit d'image et de reconnaissance. Personne n'écarquillera jamais les yeux à la vue de leurs étiquettes, certains amateurs cligneraient plutôt de l’œil à la vue de l'origine. N'empêche, ce qui compte pour moi c'est le contenu de la bouteille et le plaisir qu'il offre en réalité, et puis le vin de garde c'est bien beau d'en parler, mais ce qui est le plus important c'est de pouvoir le vivre à plein. Le prix abordable des vins de qualité de ma cave me permet de vivre à plein cette expérience.


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vendredi 9 octobre 2015

SYRAH, RESERVA, 2005, VALLÉE CENTRALE, VINA VALDIVIESO  



Un vin d'un producteur chilien de longue date mais que je connais mal. J'ai acheté le vin il y a huit ans. C'était avant les nouveaux vins de Syrah de climats frais et c'était aussi le temps où les vins de Syrah du Chili étaient encore une rareté. Une première bouteille ouverte en 2008 m'avait convaincu de laisser les autres à l'ombre pour plusieurs années. Voici ce que ça donne sept ans plus tard.

La robe est encore bien soutenue même si légèrement translucide au pourtour du disque. Le nez montre un beau mélange fruité/épicé avec des arômes de cerise, de prune, de vanille/bois brûlé et de légères notes de sous-bois. Beau nez agréable sans signes marqués d'évolution. En bouche on découvre un vin plein, ample et satiné. Les saveurs sont intenses et enveloppantes. C'est simplement caressant pour le palais avec une matière généreuse où tous les éléments sont bien fondus. Le boisé généreux est maintenant bien intégré et les notes épicées qu'il procure se marient très bien au riche fruité. La finale persiste et signe avec un cran de plus dans l'intensité et une longueur de fort calibre où le fruité de cerise s'évanouit dans des bras chocolatés.

Ce vin est tellement bon qu'il m'a inspiré un peu de dentelle descriptive. J'ai tellement aimé que c'est comme si chaque gorgée était un plaidoyer en faveur de la garde des bons vins de Syrah de la vallée  centrale chilienne. Le style est généreux et l'apport boisé conséquent et après 10 ans c'est simplement délicieux. Ceci dit, la fenêtre idéale pour ce vin ne fait que s'ouvrir et il reste dans ce nectar un très bon potentiel d'évolution supplémentaire. Selon mon expérience il n'est pas farfelu de penser que son parcours positif peut s'échelonner sur 15 autres années. En fait, ce vin est un pied de nez à tous ceux qui aiment catégoriser le vin de façon manichéenne selon la méthode et l'esprit dans lequel il a été élaboré, ou bien selon la région précise d'origine. Dans ce cas-ci on a l'assemblage de deux terroirs de la chaude vallée centrale, mais le vin ne titre qu'à 13.5% d'alcool et le généreux apport boisé de départ est maintenant atténué et transformé et cet aspect contribue positivement à l'effet gustatif que produit ce vin. Selon mon expérience grandissante avec les vins de Syrah chiliens de climats plus chauds, la garde apporte un raffinement qui manque généralement è ces vins généreux en jeunesse. J'ai payé cette bouteille autour de 17$ et la qualité est simplement renversante. Il me reste deux bouteilles et la prochaine ne sera pas ouverte avant cinq autres années. Avoir une cave bien remplie et avec une certaine maturité aide è avoir de la patience car il y a beaucoup de choix. Le plus difficile c'est les 10 premières années, il faut investir et accumuler, mais après ça flotte...


mercredi 16 septembre 2015

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2013, LIMARI, VINA TABALI



Tabali est un producteur dont j'ai maintes fois vanté les mérites sur ce blogue. Avec Vina Leyda et Falernia/Mayu, il s'agit d'un de mes producteurs chiliens favoris. Il offre des vins de qualité très relevée de l'entrée jusqu'au haut de gamme, et ce pour des prix toujours très favorables. Ce qui est intéressant avec Tabali, c'est que ce producteur ne s'est pas assis sur ses lauriers. L'esprit pionnier est demeuré, ce qui a mené au développement d'un nouveau vignoble unique au Chili. Ce vignoble côtier au climat très frais, nommé Talinay, est planté sur un sol à haute teneur en calcaire. Les commentaires sur les premiers vins issus de ce vignoble et de très jeunes vignes sont forts élogieux. Ce Sauvignon, Reserva a été élaboré avec 80% de fruits venant de Talinay et 20% issu d'un vignoble plus ancien et tempéré, situé plus à l'intérieur des terres. Avec un tel pourcentage de fruits de Talinay, il est logique de penser que ce vin peut donner une indication du potentiel de ce vignoble, même s'il s'agit d'un vin d'entrée de gamme.

La robe est d'une pâle teinte jaune aux reflet verdâtres. Le nez nous amène tout doit au bord d'un ruisseau avec ses arômes de roches mouillées et de verdure bien appuyés sur une solide base de citron-lime. À cela s'ajoute une touche de cassis et de fruits de la passion. Beau nez franc et frais possédant des arômes de qualité supérieure. La bouche quant à elle n'est vraiment pas pour les palais sensibles et les amateurs de sucreries. Le vin s'y montre simplement tranchant avec une acidité vive. Heureusement, il possède un très bon niveau de matière, ce qui permet d'absorber en partie la vivacité. Ceci dit, le style demeure très affûté avec le fruité citronné qui domine la palette de saveurs. Le milieu de bouche révèle un vin à la présence renversante. Wow! Les saveurs irradient, tout simplement, et les sens sont pleinement sollicités. Malgré cela et à cause de la grande qualité des saveurs, le vin demeure délicieux et relativement facile à boire, du moins pour quelqu'un comme moi qui apprécie l'acidité marquée qui ne compromet pas l'équilibre. La finale est logique avec un cran de plus dans l'intensité et un persistance aromatique absolument renversante.

On a eu droit à un article récemment dans La Presse où l'on traitait d'un certain nouveau Chili. Un Chili où l'on remet au goût du jour un patrimoine ancien et négligé. Un Chili où l'on vante les mérites du producteur artisan tout en le mettant en opposition avec les géants du monde vinicole chilien et avec le Chili vinicole moderne. Ce Sauvignon Blanc de Tabali pilonne à grand coups cette vision manichéenne des choses. Tabali est la propriété du groupe San Pedro Tarapaca, le deuxième producteur chilien, derrière Concha y Toro. Tabali est donc une composante d'un de ces géants, et ça ne l'empêche pas de produire des vins pionniers de très grande qualité. Pour moi, planter un vignoble comme celui de Talinay sur un type de sol rare au Chili et sous un climat côtier très frais, c'est vraiment ça le nouveau Chilil. Les vignes centenaires de cépages négligés qu'on redécouvre c'est le fait d'une nouvelle mentalité, mais sur le fond ça n'a rien de neuf. Au surplus, ça ne renierait pas un vignoble comme celui de Talinay, tout moderne soit-il. Si ce Sauvignon d'entrée de gamme est un indice valide du potentiel de ce vignoble, le moins que je puisse dire c'est qu'à terme, et dans le haut de gamme, les résultats seront impressionnants. D'ailleurs, si je me fie à Patricio Tapia du guide chilien Descorchados, la qualité du haut de gamme est déjà renversante. Il a octroyé 91 points à ce Reserva, mais 96 points et le titre de meilleur vin de Sauvignon du Chili à la cuvée haut de gamme du millésime 2013, issue à 100% du vignoble Talinay. Le millésime 2012 est disponible en importation privée par le biais de l'agence Sélections Oeno, tout comme le Chardonnay et le Pinot Noir issus du même vignoble. En conclusion, je dirais que le mot minéralité est souvent galvaudé en matière de vin, mais un nectar comme celui-ci permet d'en comprendre la réelle signification, même si le terme demeure inadéquat. J'ai acheté ce vin pour le prix absolument ridicule de 14.95$ à la LCBO..


dimanche 6 septembre 2015

SYRAH, KALFU SUMPAI, 2013, LEYDA, VINA VENTISQUERO



Ventisquero est un autre de ces producteurs chiliens de forte taille qui contribuent à mettre en morceaux l'idée voulant que le Chili intéressant devrait se limiter à des producteurs artisans qui revisitent le passé vinicole du pays et ses cépages de seconde catégorie. Ventisquero produits des vins de grande qualité qui reflètent plusieurs aspects de ce que le Chili peut offrir, autant les vins de la vallée centrale que ceux des régions côtières. D'ailleurs, Ventisquero est un pionnier avec le développement de vignobles sur la côte du désert de l'Atacama, dans la région de Huasco, au nord de Elqui. Pour ce qui est de cette Syrah, elle vient de la fraîche région côtière de Leyda. Le vin a été élevé pendant 10 mois en barriques bourguignonnes dont 15% étaient neuves, 25% de second usage et le reste de troisième et quatrième usage. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH de 3.47 et 2.47 g/L de sucres résiduels selon l'analyse de la SAQ. Ce vin a été le mieux classé lors d'une dégustation en semi-aveugle de vins de Syrah du Chili tenue par le magazine Decanter.

La robe exhibe une teinte rubis légèrement translucide. Le nez est délicat et très typique du cépage dans sa livrée de climat frais. Il exhale des arômes de fruits rouges et noirs, de violette, de lavande, et de viande fumée. Superbe nez, très élégant pour un si jeune vin. La bouche dégage une impression d'équilibre et de délicatesse. Le vin est délectable et chaque élément y est bien dosé avec des saveurs fruitées et épicées de très belle qualité. Le milieu de bouche révèle un vin à la fois léger et intense, avec une bonne concentration. Le vin est facile à boire tout en ayant une bonne présence et des tanins raffinés. On dirait un Pinot Noir paré de l'aromatique de la Syrah. La finale ne retient rien avec son flot de saveurs qui s'échoue en douceur avant un lent retrait aux légers relents amers.

Si vous aimez la Syrah sur la fraîcheur et la délicatesse ce vin de Ventisquero est vraiment à découvrir. Bien entendu, les préjugés sont à laisser au placard. J'ai lu des commentaires à propos de ce vin, émanant du Québec, qui m'ont laissé perplexe, même chose pour la Syrah de Vina Mayu dont j'avais fortement vanté les mérites en début d'été. Il n'y a pas d"eucalyptus sur la fraîche côte du Pacifique et la cassis des Cabernets de la vallée centrale ne se retrouve pas dans les vins de Syrah de la côte. Parfois je lis des notes de dégustation de rouges chiliens de climat frais et je ne peux m'empêcher de penser que l'auteur nous ressort des clichés qu'il associe aux rouges chiliens de cépages bordelais issus de la vallée centrale. La seule chose qu'il y a de commun entre ces deux types de vins c'est l'intensité des saveurs, même si dans ce cas-ci on atteint pas l'exubérance de la Syrah, Mayu. Pour moi ce ce Kalfu Sumpai est textbook Syrah de climat frais avec un profil très proche des vins non altérés du Rhône nord. Bravo à la SAQ d'offrir ce vin à ce prix abordable (25$). La gamme de vins chiliens offerts par notre monopole demeure très perfectible, mais si j'avais à faire la sélection des vins offerts, ce vin en ferait assurément partie. Le classement très élevé que lui a octroyé Decanter me semble entièrement justifié. On est ici face à l'élite chilienne sans tomber dans le piège de la cuvée de luxe au prix ronflant qui tente de jouer sur l'effet Veblen. Ce vin est aussi l'exemple parfait d'un style possible au Chili avec la Syrah, un style délectable dès la prime jeunesse du vin. Mettez en parallèle un Pangea du même producteur et d'un âge similaire et vous verrez la différence, vous serez en mesure de saisir l'importance du style. J'ai du Pangea, 2006, en cave, mais je n'ouvrirai pas ça avant encore 10 ans. Même cépage, même producteur, deux vins très différents. Le terroir existe au Chili.


dimanche 30 août 2015

NINQUÉN, 2002, COLCHAGUA, MONTGRAS



Ma cave a atteint un âge où je peux maintenant ouvrir sans regrets des vins de 10 ans ou plus sur une base très régulière. J'entre dans la phase où je récolte le fruit d'un investissement qui nécessitait foi et patience. Je dis foi car se monter une cave fortement composée de rouges chiliens nécessitait d'avoir la conviction ne pas se tromper sur le potentiel de garde réel de ces vins, lorsque bien choisis. C'est plaisant d'avoir accès sans contraintes à ce type de vins évolués car ils sont rares sur le marché. Le vin âgé coûte cher et en ce sens monter sa propre cave est non seulement un investissement au strict plan du vin, mais aussi en termes économiques. Je n'ai pas seulement une cave qui prend de l'âge. J'ai aussi un blogue qui dure depuis bientôt 6 ans. Je suis donc rendu au point point où il vaut la peine de revenir sur un vin dont j'ai déjà traité il y a plusieurs années. Je reviens donc, 5 ans plus tard sur le Ninquén, 2002. Un vin qui avec le temps est devenu un classique abordable du rayon des spécialités de la SAQ.. L'archétype en jeunesse du vin chilien que certains aiment mépriser. Un vin riche au fruité mature et copieusement boisé. Qu'est-ce que ça donne après 12 ans en bouteille? J'ai écrit cette note de dégustation sans relire ce que j'avais écrit à son sujet il y a 5 ans.

La robe est toujours bien soutenue, bien que légèrement translucide et orangée au pourtour du disque. Le nez exhale avec modération de beaux arômes fruités, rouges et noirs, avec la cerise au marasquin qui se démarque clairement, le tout marié à des notes de bois de cèdre, d'épices douces évoluées et de torréfaction. La bouche est à la fois raffinée, généreuse et ample. Le vin possède encore un bon volume et le fruit montre un aspect sérieux à cause d'une solide dose d'amertume qui absorbe bien la douceur du fruit. Le boisé est fondu et ajoute un aspect épicé lui aussi dépourvu de douceur. Le milieu de bouche confirme cette impression de généreuse austérité. Il y a de la matière et de la concentration, les tanins sont soyeux et abondants et l'amertume marque l'impression d'ensemble sans engloutir le fruit. Heureusement. La finale est très persistante sur un mélange de cerises, de kirsch et de chocolat noir..

Je vante souvent les rouges chiliens de type Reserva pour leur équilibre modéré qui sait éviter l'excès. Ici on est clairement dans une autre catégorie, une catégorie plus ambitieuse en terme de matière et de concentration. Peut-être à cause de cela le vin est relativement peu évolué compte tenu de son âge. Ce n'est plus une jeunesse, mais il en a encore beaucoup sous la pédale. C'est donc un vin plus puissant et imposant que les vins que je bois normalement. Comme mentionné précédemment, le vin est aussi dénué de douceur et l'amertume y joue un rôle important. C'est très bon, mais moins facile à boire, comme s'il y avait plus de vin à chaque gorgée. C'est donc une bouteille sérieuse que j'ai bue très lentement et que j'ai bien appréciée. Le vin a gagné en harmonie après plusieurs heures d'aération, l'amertume étant moins notable. Il me reste deux bouteilles pour continuer de le suivre.





dimanche 23 août 2015

CARIGNAN, CORDILLERA, VIGNO, 2010, MAULE, VINA TORRES



Un été où je bois peu, donc peu d'occasion d'écrire, et je dois l'avouer, peu d'envie. À quoi bon écrire de nouveau sur un Cab ou un Sauvignon Blanc, si bons puissent-ils être? Voilà que j'ouvre une bouteille de Carignan, ça n'arrive pas si souvent, j'ai donc repris le clavier. Je n'ai pas trouvé de détails sur l'élaboration de ce vin, sinon que pour avoir droit à l'appellation VIGNO le vin doit contenir au moins 60% de Carignan, être totalement issu de vieilles vignes non irriguées de la vallée de Maule. Les cépages greffés sur de vieilles vignes de Païs peuvent entrer dans la composition des vins portant l'appellation VIGNO.

La robe est de teinte foncée, bien soutenue. Le nez est retenu et dégage une impression de fruits sauvages mâtinés d'épices douces. À cela s’amalgame un aspect terreux et une légère touche chocolatée. Le profil est très agréable sans être d'une très grande complexité. La bouche de son côté se montre plus volubile et son discours capte l'attention des papilles. Le style du vin se rapproche de l'archétype européen avec une ligne svelte et des tanins fermes. Le fruité est de belle qualité, toujours bien marié à l'aspect doucement épicé et appuyé sur bonne base d'amertume. Le milieu de bouche permet de confirmer le caractère sérieux dégagé par ce nectar. Le niveau de concentration est bon, il y a toute la matière nécessaire, mais la compacité de l'ensemble empêche toute impression d'excès. La fermeté des tanins apporte une bonne mâche et un brin de rusticité, ce qui n'empêche pas le vin d'être assez facile à boire, même si on est pas dans le registre du gouleyant. La finale conclut logiquement le transit buccal de ce liquide, tout en densité et en fermeté, et avec une longueur appréciable.

Certains europhiles diraient probablement de ce vin qu'ils l'aiment car il est différent du stéréotype chilien. Moi je dis plutôt que c'est un bel exemple de la versatilité croissante du Chili qui peut maintenant produire une grande variété de styles. Ici tout est réuni pour produire un vin de style européen. D'abord un producteur espagnol, un cépage du même pays et des vieilles vignes non irriguées. Ceci dit, le terroir demeure chilien ce qui permet aux vignes d'être plantées franches de pied (sans greffage). Un vin plus naturel donc que des vins qui se drapent de cette pseudo vertu. Un vin aussi qui présente une rusticité de bon aloi, surtout au niveau tannique. Cependant, cet aspect devrait s'adoucir avec plus de temps en bouteille. Pour le prix payé en Ontario, 19.95$, c'est un bon achat, sans être une grande aubaine. Beaucoup de rouges chiliens moins chers et plus traditionnels, dans le contexte chilien, offrent plus de finesse en jeunesse, mais ce Carignan offre un côté distinctif qui justifie la prime. LA SAQ offre le millésime 2011 de ce vin pour 31$. Je ne l'ai pas goûté, mais à ce prix le facteur RQP me semble évacué de la proposition. Difficile d'expliquer un écart de prix si marqué entre les deux monopoles, et comme souvent, la LCBO favorise plus le client.

vendredi 17 juillet 2015

Pauvre Chili!

Non, ce n'est pas la réaction du pape en prenant connaissance d'un des secrets de Fatima! C'est plutôt ma réaction un lisant aujourd'hui un article de Karyne Duplessis Piché dans La Presse. Le Chili n'est vraiment pas sorti de l'auberge pour arriver à faire comprendre ses vins. Madame Duplessis nous parle d'un vin de Pinot Noir de la maison Errazuriz où le producteur a pris soin de mettre le nom de la région dans le nom du vin: ACONCAGUA COSTA. Malgré cela, la journaliste nous dit dans son article que le vin vient de la région de Casablanca. A-t-elle vraiment goûté le vin et lu l'étiquette, ou bien si elle s'est juste fait prendre par le site de la SAQ qui commet aussi l'énorme boulette de référencer ce vin comme venant de Casablanca? C'est vraiment désespérant. Imaginez un acheteur potentiel se pointant dans une succursale. Quelle chance a-t-il de se faire parler de la nouvelle et fraîche région côtière d'Aconcagua Costa? Le producteur fait tout pour mettre l'accent sur un nouveau terroir prometteur dans lequel il a beaucoup investi et il se retrouve avec ce genre d'article. Que peut-il faire de plus?

Loin d'aider son cas à mes yeux, madame Duplessis y va du même souffle d'un petit plaidoyer sur le "naturel" dans le vin et sa propagation aux géants du Chili. Ah les vilains géants... Je n'ai rien contre l'utilisation de levures indigènes, si le vin est quand même bien fait, stable et bon. Quand c'est bien fait ça fonctionne très bien. Ceci dit, comme à chaque fois que je lis ce genre de choses à l'encontre des levures sélectionnées, j'ai envie de dire à ceux qui se laissent séduire par ces balivernes qu'ils devraient aussi éviter les vins issus de vignes sélectionnées, taillées et cultivées et ne boire que du vin issu de vignes sauvages. Ils ne devraient pas non plus boire de vins issus de vignes greffées, car il y a de méchants êtres humains qui ont aussi sélectionné un porte-greffe et qui ont procédé au greffage. Ce n'est vraiment pas naturel ça le greffage.

Tout ça pour dire que je n'en peux plus de lire et d'entendre ces conneries "naturalisantes". Le phylloxera est tout ce qu'il y a de naturel et il a détruit le vignoble mondial il y a un siècle, sauf celui du Chili. La bonne nature a donc forcé le mauvais homme à intervenir...  Il faudrait arrêter avec la nature bienveillante et toute cette idéologie ignorante de conte de fée. Faire du bon vin sans excès ça demande du savoir-faire, du jugement et du goût. Rien de plus. Pour écrire un bon article sur le vin, il faut faire un minimum de recherche et savoir lire une carte géographique... Misère....

dimanche 5 juillet 2015

SYRAH, RESERVA, 2010, ELQUI, VINA FALERNIA



Après la Syrah de Vina Mayu, je me suis dit pourquoi ne pas goûter de suite la Syrah de la compagnie sœur, Vina Falernia, achetée récemment en Ontario au prix de 18.95$, soit sensiblement le même prix que la Syrah, Mayu. achetée lors d'une promotion moins 10% à la SAQ. J'ai déjà commenté les millésimes 2007 et 2009 de cette cuvée sur ce blogue. Honnêtement, il est difficile de percevoir de mémoire des différences précises entre les millésimes de Falernia ou le vin de Mayu. Pour moi tous ces vins offrent un style très similaire et en même temps très distinctif par rapport au reste de l'offre chilienne de Syrah. Les bons vins de Syrah de la région de Casablanca, ou de San Antonio offrent des profils de climats frais, mais ce n'est pas aussi exacerbé que dans les vins de Falernia/Mayu de Giorgio Flessati.

Cette version 2010 du vin combine une certaine légèreté de structure avec une forte intensité des saveurs. Le vin a beaucoup de présence en bouche et une texture soyeuse. Le côté floral est très présent (violette, lavande), tellement qu'on pourrait presque faire une analogie en disant que c'est une sorte de Gewurztraminer rouge. Je ne dis pas ça pour l'identité des arômes, mais pour le côté exacerbé de l'aromatique, en particulier la composante florale. Pour certains ce vin serait probablement trop démonstratif à ce stade encore précoce de son évolution. Ceci dit, la qualité d'ensemble est indéniable et cette exubérance ne pourra qu'être apprivoisée par le temps en bouteille. Au-delà des préférences possibles sur l'intensité de la modulation aromatique, ce vin est une autre preuve que la zone côtière de Elqui est un match parfait avec la Syrah. Que des vins de ce style et de cette qualité puissent être achetés pour moins de 20$ la bouteille montre comment cette région demeure méconnue. C'est un peu normal quand on sait que Falernia/Mayu est le seul producteur qui a une production importante dans cette région. Si vous aimez les vins du Rhône nord vous devez au moins essayer ces vins en tentant d'oublier qu'ils viennent du Chili. De toute façon, ces vins n'ont rien à voir avec les vins d'inspiration bordelaise issus de la vallée centrale. Il faut cesser de voir le Chili comme un tout uniforme. La variété de terroir est très grande dans ce pays, et Elqui est sûrement le terroir qui selon mon expérience se distingue le plus du reste du pays. Cela se goûte, dans le verre, pas dans la tête.


samedi 20 juin 2015

SYRAH, RESERVA, 2011, ELQUI, VINA MAYU



À quelques reprises sur ce blogue j'ai réclamé l'arrivée sur les tablettes de la SAQ de la Syrah, Reserva de Vina Falernia. Voilà que mon vœux est finalement exaucé, en quelque sorte, car à défaut d'un vin étiqueté Falernia, voilà que la Syrah, Reserva, de Vina Mayu vient de faire son apparition sur les tablettes de notre monopole. Pour comprendre ma satisfaction il faut savoir que Vina Mayu est la compagnie sœur de Vina Falernia et que les deux compagnies partagent les mêmes installations, le même terroir et le même savoir-faire car l'œnologue italien Giorgio Flessati supervise les deux opérations. Le cousin chilien de Flessati, Mauro Olivier est propriétaire de Mayu et de Falernia. J'ignore pourquoi on a créé deux compagnies distinctes, car finalement il y a peu de différences entre les deux, question de commercialisation peut-être?  Petit vidéo intéressant pour découvrir un peu Mayu et Elqui. Pour ce qui est du vin, il est issu de raisins venant de deux vignobles, un de climat frais situé à 17 km de la côte, et d'un autre plus tempéré, situé plus à l'intérieur des terres. J'ignore les proportions de chacun. J'ai trouvé peu de détails sur l'élaboration, sinon que 45% du vin a été élevé en barriques neuves de chêne français. Le vin titre à 14% d'alcool selon l'étiquette et le site de la SAQ, le site du monopole spécifie aussi que le taux de sucres résiduels est de 3.7 g/L. Détail anodin, j'aime bien l'étiquette de ce vin. La sobriété Nouveau-Monde ça ressemble à ça. Qu'en est-il du vin?

La robe est sombre et parfaitement opaque. Dès le premier abord l'empreinte olfactive typique de la Syrah de Falernia se révèle avec intensité et délice. La parenté avec le profil Rhône nord propre est toujours aussi évidente. Ça sent bon la cerise, la mûre, la fumée de bois brûlé, la violette, le poivre noir, l'olive noire et le chocolat noir. Une série noire à laquelle s'ajoute une touche vanillée qui se confond avec l'aspect bois brûlé. Un nez vraiment intense, complexe et enchanteur avec une qualité d'arômes incroyable. Le contentement se poursuit une bouche où le vin se montre intense et simplement délicieux. Pour un jeune vin démonstratif l'équilibre est excellent, ça en met plein les papilles, mais sans impression de lourdeur ni grand volume. Ceci dit, ce jus fermenté est très intense. Le vin est sur l'exubérance de la jeunesse, mais les saveurs sont d'une telle qualité et si bien agencées que cela ajoute au plaisir juvénile qu'offre cet exotique extrait de Syrah. Les tanins sont soyeux, le vin glisse bien, dangereusement même, il faut se retenir pour éviter les premiers symptômes de l'ivresse, même si le vin procure une autre forme d'ivresse tellement il est délicieux. La finale est à la hauteur de l'appel, très intense, harmonieuse et très longue.

Il y a longtemps que je n'ai pas été aussi enthousiaste à propos d'un vin. Il faut dire que j'adore le profil aromatique que peu donner la Syrah dans le Rhône nord, lorsqu'il n'y a pas d'interférences microbiologiques pour voiler le vin. Avec cette Syrah de Vina Mayu on retrouve cette parenté aromatique, mais avec une intensité que je n'ai jamais rencontrée dans le haut-lieu français du cépage. Certains diraient que le vin est sur les stéroïdes, je ne dirais pas ça, mais une choses est claire, il n'est clairement pas sur la retenue. Au-delà de ça, je vois dans ce vin un protentiel de garde extraordinaire. Le genre de vin qui en jettera plusieurs sur le cul dans 10-15 ans par le niveau de raffinement qu'il aura su atteindre. Avec la promotion à moins 10 % de la fin de semaine, j'en ai profité pour en en acheter 15 bouteilles à 19$ l'unité. Le RQP de ce vin est tout simplement hors norme. J'en boirais tous les jours tellement c'est bon et tellement la qualité est incroyable au vu du prix. Si vous aimez la Syrah et n'avez pas peur des jeunes vins intenses, ou si vous avez la patience et la foi nécessaires pour mettre des bouteilles de ce vin de côté, vous ne pouvez simplement pas le laisser passer. Peut-être qu'après cela votre vision du Chili ne sera plus la même.

Finalement, j'en profite pour réclamer à la SAQ les vins de Vina Leyda, et d'offrir au moins un Riesling chilien. Ma suggestion? La cuvée Neblina de Vina Leyda, ou bien la cuvée "Single Vineyard" de Vina Cono Sur. Deux vins qui devraient se vendre autour de 20$ selon les normes de la SAQ et qui seraient de superbes RQP.

samedi 13 juin 2015

STELLA AUREA, 2001, MAIPO ALTO, CLOS QUEBRADA DE MACUL



Clos Quebrada de Macul est un de mes producteurs chiliens favoris. Sa cuvée Domus Aurea est un des meilleurs vins de ce pays qu'il m'ait été donné de goûter. Ici nous avons sa petite sœur, je dis petite sœur car le producteur dit qu'il s'agit d'une version plus féminine du Domus. Toujours est-il que les deux vins viennent du même vignoble de la région de Macul, au nord de Santiago, aux pieds des Andes. Ce vignoble en pente a été planté au début des années 70. Je n'ai pu retrouver d'informations sur l'élaboration de ce vin, mais il est fortement composé de Cabernet Sauvignon et normalement complété par un peu de Merlot et de Cabernet Franc. Selon l'étiquette, il titre à 14% d'alcool.

La robe montre de clairs signes d'évolution par son aspect translucide et sa teinte légèrement orangée au pourtour du disque. Le nez enchaîne en dévoilant lui aussi un aspect évolué qui teinte l'ensemble de la palette aromatique marquée par des arômes de petits fruits, noirs et rouges, de camphre, de terre humide, de bois brûlé, d'épices douces et de fines herbes. Superbe nez, fin et très complexe, un peu difficile à décrire avec un quelconque sentiment de justesse car on semble y découvrir un nouvel arôme presqu'à chaque abord. Le ravissement se poursuit en bouche on l'on retrouve un vin raffiné et admirablement équilibré. Rien n'accroche, tous les angles sont arrondis et le vin glisse sans effort avec son cortège de saveurs, à la fois délicates et intenses. En milieu de bouche c'est encore l'impression d'équilibre et de finesse qui s'impose. Le vin est facile à boire, mais tellement bon qu'on veut prendre son temps pour bien l'apprécier. La finale confirme, harmonieuse, soyeuse et longue.

Que puis-je ajouter, sinon que la patience paie? J'ai acheté ce vin il y 10 ou 11 ans et il donne clairement aujourd'hui un résultat bien différent de ce qu'il offrait en jeunesse. Ce qu'il a perdu en puissance, en intensité, en solidité et en volume, il l'a récupéré en finesse, en souplesse, en impression d'équilibre et en complexité aromatique. Le monde du vin en est un où on aime bien la distinction et la rareté. Le Chili est rarement associé au mot distinction, mais en pure aveugle ce vin changerait bien des perceptions. Pour ce qui est de la rareté, et bien pour avoir des vins chiliens de ce type et de cet âge il faut les acheter jeunes, être convaincu de leur potentiel et avoir la patience de les garder. Rares sont ces vins aujourd'hui car rares sont les convaincus. Pas besoin d'aller faire la file à la Signature et payer de fortes sommes pour avoir des vins rares et distinctifs. Ce Stella Aurea en est la preuve, payé 20$ dans le temps, il ne déparerait pas une vague de vins de type bordelais de très bon niveau, et quand je dis très bon niveau, je veux vraiment dire très bon niveau...

samedi 23 mai 2015

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2013, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE




Après la Syrah de Casas del Bosque, pourquoi ne pas continuer avec leur Sauvignon Blanc Reserva? Ce vin est pour moi un classique chilien et un de mes vins favoris de consommation courante. Casas del Bosque est situé dans la partie ouest de la vallée de Casablanca. C'est la partie la plus proche de l'océan et donc, la plus fraîche. Ce vin est issu de trois clones du cépage et de deux types de sols. La vendange est mécanique et a lieu la nuit à des températures très basses ( entre 3 et 7° C), entre le 8 et le 22 avril. Le vinification inclut l'égrappage complet, le pressurage suivi d'une macération à froid pré-fermentaire de 64 heures en cuves d'inox, transfert du jus surnageant par gravité, pressurage de la suspension de peaux et de jus restante et séparation des fractions de basses et de hautes pressions. Tous les jus ainsi obtenus sont laissés au repos pour quatre jours à 10° C et ensuite inoculés avec des levures sélectionnées pour une fermentation alcoolique à très basses températures (aussi bas que 6.5° C au pic de fermentation). 93% du jus est fermenté en inox et 7% en barriques de chêne français de quatrième et cinquième usages. La fermentation en barriques atteint des températures beaucoup plus élevées (22° C). Après deux mois d'élevage sur lies, le vin en barriques est assemblé au gros du vin en inox et ensuite stabilisé à froid et embouteillé. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH très modéré de 3.37 et est bien sec à 2 g/L de sucres résiduels.

La robe est jaune pâle avec des reflets verdâtres. Le nez à l'ouverture est exubérant avec de forts arômes de pamplemousse et de zeste de pamplemousse. Le tout se calme par la suite pour livrer un profil où le cassis, les fruits de la passion et le citron gagnent en importance. Il y a aussi un aspect floral très agréable qui vient agrémenter l'ensemble qui est complété par un léger trait végétal évoquant le bourgeon de cassis et le poivron vert. Beau nez de jeune Sauvignon, complexe et élégant, où l'aspect thiolé marque fortement le profil. En bouche on retrouve un vin équilibré et simplement délicieux. Les saveurs sont intenses et offrent un heureux mélange dominé par le fruité et complété par le végétal. L'acidité offre un bon tonus à l'ensemble, sans être tranchante, et le vin possède une touche de gras qui ajoute un aspect tactile bienvenu. Le niveau de concentration est bon et bien ajusté au style du vin qui ne vise pas à impressionner par l'excès. La finale conclut en beauté le parcours, toute en harmonie et avec une très bonne longueur.

Ce Sauvignon cadre parfaitement avec l'idée que je me fais du vin chilien de type Reserva, soit un vin axé sur l'aromatique, montrant une belle présence, un bon équilibre, mais qui évite toute forme d'excès. En fait, le seul excès de ce vin se présente dès l'ouverture alors qu'il offre un court festival du pamplemousse. Le caractère éphémère de la chose fait en sorte que ce n'est pas un problème, au contraire. Au-delà ce ça, le vin est un cas de figure pour qui veut comprendre le potentiel aromatique du Sauvignon Blanc. On a les thiols qui nous offrent les arômes de pamplemousse, de cassis, de bourgeon de cassis et de fruits de la passion. On a des terpènes qui apportent le caractère citronné et floral, puis des pyrazine pour le caractère végétal évoquant le poivron vert. Dans ce vin, ce cocktail est bien dosé, avec le fruité en mode majeur, alors que le floral et le végétal jouent les seconds violons. C'est très bien ainsi. Cette cuvée de Casas del Bosque est une de mes favorites pour les vins chiliens de ce cépage car elle offre le compromis idéal. Ainsi ce vin offre tout ce qu'on peut attendre d'un bon jeune vin de SB, sans chercher à en mettre plein la vue, et le tout pour un prix incroyablement abordable (13.95$ en Ontario). Le 2012 est toujours disponible au Québec à un prix plus élevé (17.60$), mais comme toujours à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%, cela ramène le prix à 15.85$. L'écart demeure significatif, mais même à ce prix le vin demeure une véritable aubaine. J'écris cette note de dégustation après ma sixième de huit bouteilles. À boire jeune pour en tirer le maximum de plaisir. En espérant que ce vin apparaisse sur les tablettes de la SAQ, il n'a pas traîné sur celles de la LCBO. L'aubaine était telle que c'est facilement compréhensible.



samedi 9 mai 2015

SYRAH, GRAN RESERVA, 2012, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE



Casas del Bosque est une "boutique winery" chilienne située dans la partie la plus fraîche de la vallée Casablanca, à l'ouest de la vallée. Le Sauvignon Blanc, Reserva, de la maison est un de mes vins chiliens de consommation courante préféré. Cette fois j'ai eu la chance de mettre la main sur un rouge de gamme plus élevée. Il s'agit d'une Syrah issue de vignes de 8 à 13 ans d'âge plantées à flanc de colline sur un terroir granitique. Les raisins ont été vendangés il y a trois ans à cette période de l'année, soit du 9 au 18 mai 2012. La vinification comprend l'égrappage, une macération à froid pré-fermentaire de 7 jours. Une inoculation avec des souches de levures sélectionnées pour une fermentation alcoolique de 6 jours, avec deux pigeages manuels par jour. Une macération de trois jours a suivi la fin de la FA. Après le pressurage le vin fut élevé pendant 18 mois en barriques de chêne français, 55% neuves et 45% de second usage. En début d'élevage le vin a complété une fermentation malo-lactique. Il titre à 14.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.54 et 4.4 g/L de sucres résiduels.
La robe est sombre avec des reflets violacés et parfaitement opaque. Le nez révèle avec verve un superbe profil de Syrah de climat frais avec des arômes de fruits noirs, de poivre noir, de fumée, de goudron, d'épices douces, d'olives noires et de chocolat noir. Cette description peut paraître sombre avec tout ce noir, mais au contraire on est face à un vin lumineux de par l'éclat de ses arômes de très belle qualité. La bouche n'est pas en reste et la palette de saveurs intenses reflète très bien l'image olfactive de ce vin. L'attaque est ample, le vin est souple et une juste dose d'amertume contribue à l'équilibre d'ensemble. Le milieu de bouche confirme le plaisir intense qu'offre ce nectar qui possède une très bonne concentration, mais sans lourdeur et avec un bon volume. Le boisé semble contribuer à la présence tannique du vin qui gagne en importance et se resserre dans une finale solide et très longue.

Le vin peut souvent nous surprendre. On se fait des idées à son sujet et il y a toujours une cuvée quelque part qui trouve le moyen de nous faire mentir. Dans mon commentaire à propos d'une Syrah de climat frais d'Errazuriz, j'avais émis l'opinion que le bois neuf ne convenait pas vraiment à la Syrah de climat frais, qu'il était plus approprié pour les vins de Syrah issus de climats plus chauds. En règle générale cela demeure vrai, il me semble, mais cette cuvée Gran Reserva de Casas del Bosque montre bien qu'il ne faut pas en faire un dogme. L'usage du bois neuf ici se marie très bien avec le profil aromatique du vin. Bien sûr, celui-ci est très jeune, et ce bois est facilement perceptible, surtout en bouche, mais ça ne pose pas de problème à ce stade si on accepte ce style, et il est clair que le temps en bouteille va permettre d'encore mieux intégrer cet aspect boisé. Ici le bois ne masque rien et il vient plutôt supporter le beauté et la richesse de l'ensemble. Cette Syrah de Casas del Bosque est vraiment un vin de haut calibre. Une de mes belles découvertes en rouge depuis un bon bout de temps. On flirte ici avec ce que le Chili fait de mieux avec ce cépage. Le vin n'a pas la puissance et la concentration exacerbées de certaines cuvées de luxe très coûteuses, mais il montre un très bel équilibre et ne manque absolument pas de matière et de présence. Il porte bien son nom de Gran Reserva car il tombe justement, en termes de proportions, entre ce que donne un bon Reserva et une super cuvée très concentrée et extraite. Ici on est clairement dans ce que j'appellerais le haut de gamme modéré. Un créneau où le Chili fait des merveilles en terme de RQP. Le vin est qualitativement très ambitieux, mais il ne franchit pas la marche de la bombe hyper concentrée qui peut attirer des très gros scores de critiques américains. Ceci dit, ce vin a été choisi comme le meilleur de tous les vins en compétition, "Best in Show", lors des "Wines of Chile Awards 2014". À 22.95$ à la LCBO c'est une très belle façon de goûter une des meilleures Syrah de climat frais du Chili et de découvrir le haut niveau qualitatif dont est capable ce producteur. De plus, avec sa matière substantielle et son aspect boisé bien affirmé, ça me semble un excellent candidat pour une garde de 10 à 15 ans.


vendredi 1 mai 2015

4-Ethylphénol, 99%, Aldrich



Ne vous en faites pas, je n'écrirai pas de note de dégustation pour le contenu de cette bouteille, même si bien des vins contiennent la même molécule. Parce que la production de 4-Ethylphénol par les Bretts est naturelle, c'est accepté par plusieurs. Désolé de revenir encore sur ce sujet mais l'ignorance et le tabou qui l'entoure m'y ramènent périodiquement. Voilà que ce matin je tombe sur un nouvel article Marc-André Gagnon de Vin Québec où on jette de la confusion sur la culpabilité de cette levure pour expliquer les arômes phénolés (cuir, écurie, encre, iode, etc..). Le méconnaissance de l'arôme produit par le 4-Ethylphénol dans le vin en est le principal responsable. Le 4-Ethylphénol est un métabolite produit seulement par les levures Brettanomyces, par aucun autre micro-organisme. Donc, quand on est sensible au 4-Ethylphénol et qu'on sait en reconnaître l'arôme dans le vin, il n'y a pas de doute ensuite à savoir si le profil aromatique d'un vin est entaché par l'action des Bretts. Le problème, c'est que plusieurs dégustateurs aiment ça, que ce soit naturellement ou par obligation, par goût acquis, car il est très difficile d'être amateur de vins haut de gamme et de détester cet arôme, car il est très prévalent dans ce type de vins. Je suggère à tout dégustateur professionnel de déterminer sa sensibilité à cette molécule et à apprendre à la reconnaître. Comme ça il pourrait écrire en sachant vraiment de quoi il s'agit. Personnellement je l'ai fait. J'ai le produit pur je sais que j'y suis sensible et je sais ce que ça sent dans le vin. Ça ne peut pas être confondu avec autre chose, croyez-moi

Pour revenir à l'article de M. Gagnon, pour ce qui est du vin de M. Valette, il a beau n'avoir fait qu'une mise, ça ne garantit rien. Les levures sont en suspension dans le vin et avec le temps elles sédimentent au fond de la cuve. Alors il est bien possible qu'une partie du vin, celui du dessus de la cuve, ne contiennent pas de brett, ou très peu, alors que celui du fond en contiennent. Aussi, les Bretts se reproduisent en bouteille lorsque les conditions sont propices (pas assez de SO2 libre, pH trop élevé, sucres résiduels, température d'entreposage du vin à 20 dégrés Celsius ou plus.). Ainsi, il est possible d'embouteiller un vin ne contenant que quelques levures, mais qu'une fois en bouteille celles-ci se multiplient et se mettent à produire du 4-ethyl phénol et autres molécules aromatiques désagréables. J'ai vécu cette expérience plusieurs fois. Des vins jeunes ne montraient aucun signe de Brett, et après quelques années de cave passive, ces arômes phénolés apparaissaient. Vive les vins adéquatement sulfités et filtrés au besoin. Trop de bons vins sont gâchés par cette phobie des sulfites et de la filtration.

jeudi 23 avril 2015

CAUQUENINA, 2012, MAULE, CLOS DES FOUS



Les producteurs de la nouvelle vague chilienne sont encore peu présents à la SAQ, mais l'exception qui confirme la règle est Clos des Fous qui compte maintenant quatre vins offerts par notre monopole. Cette cuvé baptisée Cauquenina est la dernière arrivée sur les tablettes. Si le nom du vin est un indice présageant du contenu de la bouteille, on peut s'attendre à un vin féminin car Caquenina veut dire "Fille de Cauquenes" en espgnol, Cauquenes étant une rivière, une ville et une province du sud de la vaste vallée de Maule. Ce vin est un assemblage particulier. Le site de la SAQ mentionne 36% Carignan, 23% Cinsault, 23% Syrah et 18% Malbec. D'autres sources mentionnent 36% Carignan, 18% Malbec, 15% Syrah, 15% Pais, 9% Cinsault et 7% Carmenère. Le Pais et le Cinsault viendraient de la région de Itata, située juste au sud de Maule. Qui dit vrai? La SAQ est peu fiable dans l'information qu'elle donne sur les vins chiliens. Pour ce qui est de l'élaboration du vin issu de raisins cultivés sans irrigation, chaque cépage a été vinifié séparément en cuve de béton. 15 % de l'assemblage a été élevé en barriques de chêne français neuf, le reste en barriques de second usage. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un très vif pH de 3.22 (un pH de vin blanc) et est très sec avec seulement 2.2 g/L de sucres résiduels.

La robe est d'un rubis légèrement translucide. Le nez est dominé par de frais arômes de cerises et de fraises et par un aspect terreux bien présent. À cela s'ajoutent des notes doucement épicées (vanille, cannelle, muscade), ainsi qu'une fraîche touche camphrée. Beau nez complexe d'où se dégage une impression de fraîcheur. En bouche le vin se présente avec légèreté et fraîcheur, tout en déployant d'intenses saveurs de très belle qualité. Le milieu de bouche confirme l'aspect aérien de cet élégant nectar. Je le qualifie d'élégant, mais d'une élégance rustique. Il y a un côté campagnard dans ce vin, voire naturel, mais dans le meilleur sens du terme avec le caractère tout en fraîcheur du fruit et le côté terreux. Toujours est-il que le vin est délicieux, facile à boire, avec des tanins discrets, et se donne par certains aspects des airs bourguignons. La finale est conséquente, harmonieuse et de bonne longueur.

Si le vin dit naturel ressemblait à ça, vous auriez en moi un converti. Le problème c'est que ce vin ne tombe pas dans cette catégorie. Il est sulfité, l'étiquette l'indique bien, mais en même temps le groupe du Clos des Fous prône l'élaboration avec intervention humaine minimale. Il faut croire qu'ils ont bien délimité la frontière, car avec ce jeune vin ils touchent la cible en plein cœur. Comme je l'ai écrit, il y a une impression de proximité avec la nature qui se dégage à la dégustation de ce vin. Ceci dit, je n'y ai détecté aucun arôme déviant. Le vin est aromatiquement intègre et offre un style qui enrichit l'offre chilienne. Je considère que c'est un très bon vin, vraiment délicieux à ce stade de prime jeunesse. Toutefois, compte tenu de l'aspect terreux qu'il présente, un aspect qui se rapproche de certaines notes d'évolution rencontrées dans des vins plus âgés, je suis loin d'être convaincu de son potentiel de garde. En matière de garde il est très difficile de prévoir l'avenir, mais ce côté terreux précoce et la légèreté tannique du vin me laissent dubitatif sur le potentiel de garde. Seul celui qui tentera l'expérience de mettre ce vin à l'ombre pour une décennie pourra obtenir une réponse définitive à cette question. Au-delà de ce questionnement, une chose est sûre, à 23.00$ à la SAQ, ce vin représente un très bel achat. Un vin qui selon moi pourra plaire à un europhile capable de ranger ses préjugés au placard. J'irais même plus loin, c'est un vin qui pourrait plaire à un amateur de bourgognes ouvert d'esprit. Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que ce vin est une copie de bourgogne. Il n'y a pas de Pinot dans son assemblage. Mais pour moi il y a une parenté avec l'esprit bourguignon dans ce vin. Aussi, c'est un vin intéressant de par la nature disparate de son assemblage et du résultat obtenu. Ce qui marque son profil et le distingue, c'est le fait que les raisins proviennent de terroirs non irrigués, et la volonté du producteur d'obtenir un vin à l'extraction délicate. À découvrir.

mercredi 15 avril 2015

Le biologique, un problème, vraiment?

Ceux qui lisent ce blogue avec régularité savent que je suis aux antipodes du courant actuellement à la mode du vin dit naturel. J'ai aussi de grosses réserves à propos du côté ésotérique de ce qu'on appelle la biodynamie. Vin "naturel" et biodynamie vont souvent de pair. J'ai aussi toujours été contre le vin élaboré avec un souci d'intervention minimale. J'ai toujours été pour le vin élaboré de façon raisonnable, biologique si c'est possible, mais pas nécessairement biologique. En résumé, j'ai toujours été contre le vin idéologique. Contre le vin où l'on tente de nous faire croire que l'intervention humaine est nécessairement mauvaise. Contre le vin où l'on compromet la qualité pour rester fidèle à des idéaux creux.

Voilà. telle est ma position sur le sujet, et j'en ai toujours eu contre les défauts issus de cette idéologie d'intervention minimale et de bienveillance de la nature. J'en ai toujours eu contre les vins brettés, oxydés et instables dès qu'ils sont exposés à des températures excédant 12 degrés Celcius. Voilà donc que je tombe aujourd'hui sur un texte de Marc-André Gagnon sur Vin Québec qui rapporte ses déboires avec des vins biologiques. J'aimerais dire à M. Gagnon que ce n'est pas le concept de vin biologique qui est en cause pour expliquer la faiblesse générale des vins de cette catégorie. Quand je parle de faiblesse, je parle du manque de résistance de plusieurs de ces vins hors des conditions idéales de garde. Le concept de vin biologique n'exclut pas de sulfiter le vin de manière suffisante. Il n'exclut pas non plus de filtrer le vin avant la mise en bouteille. Si vous sulfitez peu, et ne filtrez pas non plus, alors vous ouvrez la porte à toutes sortes de problèmes par la suite. Si vous élaborez un vin de la sorte, vous devriez vous assurer qu'il soit ensuite traité comme un produit périssable. Le problème c'est que plusieurs tenants du bio font dans la pensée magique et font fi de principes scientifiques de base. La diabolisation des sulfites est une aberration. Les sulfites sont un produit naturel. La fermentation alcoolique en produit une bonne dose. De plus, les sulfites disparaissent du vin avec une période de garde de 7 à 10 ans. Une cave à vin remplie de vins d'un certain âge est encore le meilleur moyen de boire du vin sans sulfites, mais du vin qui en a contenu auparavant et qui a permis une saine constitution de celui-ci au moment de le déguster.

Je sais que ce petit blogue n'a aucune influence et que je prêche dans le désert, mais il faut arrêter avec le délire de la non intervention et de la nature bienveillante. Je sais qu'on vit dans un monde où plein de produits alimentaires sont traficotés. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans la paranoïa. Il existe une multitude de vins élaborés en toute intégrité par des producteurs consciencieux dont le seul but est d'offrir un produit de haute qualité, sans "manipulations". La majorité des producteurs de bonne réputation élaborent leurs vins de manière raisonnable. Viticulture raisonnée et même approche au chai. On ne fait que ce qui est nécessaire. La qualité du vin repose dans l'équilibre, c'est vrai pour le goût du vin, mais c'est vrai aussi pour la manière dont il est élaboré. Oui il y a des producteurs qui fabriquent des vins purement industriels, mais ils sont assez faciles à identifier et à éviter. Cependant, il y a aussi nombre de producteurs qui tentent de surfer sur la vague de la pseudo vertu naturelle en omettant de faire ce qu'il faut pour élaborer du vin stable et de qualité. Ceux-ci abusent autant des consommateurs que les fabricants de vins "manipulés". Comme on dit, trop c'est comme pas assez, et ce qui s'éloigne de la juste mesure, d'un côté ou de l'autre, finit par se rejoindre et être, en un sens, du pareil au même, soit du mauvais vin.



P.S.: Félicitations à Marc-André Gagnon d'avoir écrit un texte qui expose les faiblesses d'une catégorie de vins qu'il affectionne. Ceci dit, je le répète, ce n'est pas le concept de vins biologiques qui est en cause. Le vin bio bien élaboré, assez sulfité et filtré de manière adéquate, au besoin, sera tout aussi stable qu'un vin conventionnel.

jeudi 2 avril 2015

SAUVIGNON BLANC, OUTER LIMITS, 2013, ZAPALLAR, ACONCAGUA COSTA, VINA MONTES



Je poursuis, quand je le peux, mon exploration des nouveaux terroirs chiliens. Cette fois c'est avec un vin de la région de Zapallar située sur la côte du Pacifique, dans la région de l'Aconcagua Costa, quelques dizaines de kilomètres au nord des vignobles du pionnier de cette région, Errazuriz. Le vignoble de Montes est aussi plus proche de l'océan, à seulement 7 km de la côte. Le vin a été élaboré en inox avec élevage sur lies et est issu d'un millésime particulièrement frais. Le résultat est un vin qui titre à seulement 12.5% d'alcool, pour un pH de 3.22 et est bien sec à 2.54 g/L de sucres résiduels.

La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez est modéré tout en montrant un profil aromatique particulier qui évoque pour moi un assemblage improbable de Sauvignon Blanc et de Riesling. On détecte des arômes de citron, de fruits de la passion, de conifère, de roche mouillée et de poivron vert. Un beau nez difficile à bien décrire et qui se démarque des différents styles SB chiliens que je connais. La bouche montre aussi un profil particulier pour un vin de climat si frais. L'acidité n'y est pas aussi marquée que ce que l'on rencontre habituellement dans ce genre de vin. Le tout demeure bien vif, mais pas tranchant. Le vin montre aussi une certaine rondeur avec un léger gras qui contribue probablement à adoucir la perception de l'acidité. Le saveurs sont dominées par l'aspect citronné. L'ensemble est intense et avec un bon niveau de concentration. La finale est à l'avenant avec une très bonne persistance.

Vin irréprochable de Vina Montes qui offre aussi sa part d'originalité. Ceci dit, pour moi il lui manquait quelque chose pour être un vin impressionnant. Vous me direz que j'en demandais beaucoup à un vin payé 19.95$. C'est vrai, mais quand explore et qu'on touche à un vin d'un lieu inédit, il y a une part de soi qui demande à être impressionnée. Ce ne fût pas le cas ici, mais le vin n'en demeure pas moins à la hauteur au plan qualitatif, et il exprime clairement la fraîcheur du climat d'où il est issu. Au prix payé il constitue un bon achat, mais le Chili offre certains vins de ce cépage, du même niveau, pouvant être achetés pour quelques dollars de moins.


samedi 28 mars 2015

CARMENÈRE, RESERVA, 2012, ELQUI, VINA FALERNIA



Falernia est un de mes producteurs chiliens favoris. Avec Vina Leyda c'est celui que je voudrais voir sur les tablettes de la SAQ. La maison offre des vins de très haute qualité à des prix très abordables. Dans le cas présent nous avons droit à un vin de Carmenère élaboré en utilisant la méthode vénitienne de l'appassimento qui consiste à partiellement sécher les raisins avant la vinification. L’œnologue en chef de Falernia, Giorgio Flessati, est italien, cela explique donc l'influence qui préside à l'élaboration de ce vin. Les raisins pour ce vin proviennent d'un vignoble situé dans la partie intérieure et plus chaude de la vallée de Elqui. Les vignes ont 10 ans d'âge et sont plantées à 2100 pieds d'altitude sur le lit desséché d'une rivière. La vendange est très tardive, soit au début juin, l'équivalent de début décembre pour l'hémisphère nord. La fermentation alcoolique a lieu en inox et l'élevage en barriques de chêne américain de haute qualité, fabriquées par un tonnelier français, pendant 6 à 8 mois. Le vin titre à 15% d'alcool, pour un pH de 3.73 et demeure sec à 3.9 g/L de sucres résiduels.
La robe bien colorée, mais légèrement translucide. Le nez est bien dégourdi et dégage des arômes de cerises, de figues et de raisins séchés, ainsi que de camphre et de chocolat noir. À cela s'ajoute un léger aspect évoquant la viande crue. L'aspect végétal généralement associé à ce cépage est totalement absent ce qui laisse présager un vin au fruité mature. Cela se confirme dès le premier abord en bouche où on retrouve un vin ample et velouté déployant un doux fruité très agréable qui se mêle à une belle amertume. Cerise et chocolat noir se marient pour produire une très bel effet gustatif. Le niveau de concentration est très bon, mais sans lourdeur où impression de puissance. C'est un vin de pur plaisir, gourmand, qui dégage une impression de douceur et qui glisse sans effort. L'alcool est perceptible mais bien absorbé par la richesse de la matière et il n'y a pas de côté brûlant, même à température plus élevée. La finale est riche, longue et harmonieuse, avec l'aspect amer de chocolat noir qui y gagne un peu en importance.

Le vin rouge montrant des accents de douceur a mauvaise réputation au Québec. Du moins, dans la presse spécialisée, et s'il ne provient pas de la Vénitie. Ici on a un œnologue italien qui a décidé d'amener avec lui au Chili son héritage italien et de l'adapter à un cépage bordelais tardif et au terroir particulier de la vallée d'Elqui. Le résultat est un vin particulier axé sur la maturité et la douceur du fruit, le tout avec des tanins veloutés et un taux d'alcool conséquent. À 3.9 g/L de sucres résiduels le vin est théoriquement sec, mais la maturité du fruit, l'alcool, le glycérol, la faible acidité et le chêne américain se combinent pour donner une impression lisse de douceur à l'ensemble. C'est un vin de plaisir dans un style riche et bien poli. Il n'y a rien qui accroche et les douces saveurs sont très séduisantes. J'ai toujours perçu ce style de "vin friandise" comme légitime, voire même essentiel. De temps en temps j'aime ouvrir une bouteille de ce genre qui me fait penser à un Porto sec et moins alcoolisé. Comme quoi en matière d'alcool tout est relatif. Je sais que je suis redondant avec mes commentaires sur la diversité chilienne, mais un vin comme celui-ci est une autre pierre à incorporer à cet édifice. Les vins de Falernia comptent parmi les plus distinctifs du Chili. La vallée d'Elqui permet d'élaborer des vins très différents selon la distance qui sépare les vignobles de la côte. La Syrah de ce producteur, de style Rhône nord, est fabuleuse et un Pinot Noir, qu'on dit de style bourguignon, issu de très jeunes vignes, et récemment mis en marché dans sa version 2013 s'attire des éloges nombreux. Ceci dit, l'élément le plus incroyable avec les vins de Falernia c'est leurs prix. J'ai acheté ce Carmenère en Ontario pour le prix ridicule de 17.95$ la bouteille. Croyez-moi, s'il venait d'une région réputée il se vendrait beaucoup plus cher.

mercredi 25 mars 2015

Quel est le mandat de la SAQ?

Il y a depuis longtemps au Québec un mouvement qui en a contre la SAQ et son statut de monopole. Je pense que du point de vue d'un amateur de vin la SAQ est critiquable à plusieurs égards, mais ce qu'on oublie trop souvent c'est que le mandat premier de cet organisme d'état n'est pas de servir au mieux le consommateur, mais bien de chercher le meilleur compromis permettant de servir le consommateur adéquatement tout en rapportant le plus possible dans les caisses du gouvernement du Québec. Le but premier de la SAQ est donc de vendre de l'alcool, surtout du vin, en rapportant le plus d'argent possible au gouvernement, et ce, en soulevant le moins de grogne possible pour que le système puisse continuer d'opérer de la même façon.

La solution qui a été adoptée par la SAQ pour remplir son mandat est de faire le plus d'argent possible avec le buveur de vin occasionnel, celui qui ne s'intéresse pas vraiment à ce liquide, et de servir de façon correcte l'amateur avisé en prenant une marge de profit plus faible sur les vins plus haut de gamme et en offrant des rabais de 10% de façon occasionnelle. Comme ça la majorité des amateurs de vin plus sérieux peuvent trouver leur compte avec la SAQ, et ce faisant ne rechignent pas trop, alors que les buveurs de vins bas de gamme, eux, paient la note sans mot dire car pour eux le vin est un produit de consommation comme un autre. Ainsi la SAQ fait un maximum de profit en vendant des vins de dépanneurs, des vins en vrac embouteillés ici, et autres vins bas de gamme. La SAQ semble se dire que ceux qui achètent ces vins ne savent pas juger du niveau de qualité de toute façon, alors aussi bien profiter de ces victimes semi-consentantes. Si tous les acheteurs de vins connaissaient vraiment le sujet, les vins de dépanneurs et autres piquettes disparaîtraient car personne n'en achèterait. Il y a donc une prime à l'ignorance et au manque de goût qui est imposée à l'acheteur de vin au Québec. Une prime aussi au manque de moyens financiers. Ceci dit, il y a moyen de bien boire à prix abordable, mais pour ce faire le consommateur doit connaître son sujet et être prévoyant, en profitant des promotions périodiques pour faire le gros de ses achats.

Tout cela nous ramène à la case de départ, est-ce que l'on doit blâmer la SAQ ou le gouvernement? En poussant le raisonnement encore plus loin on pourrait se demander si il y a vraiment quelqu'un à blâmer. Boire du vin demeure un luxe. Ce n'est pas un produit essentiel. Comme je l'ai mentionné, la SAQ offre la possibilité de bien boire à bon prix, mais pour cela le consommateur doit être bien avisé et tirer profit des échappatoires qu'offre le système. Nous sommes donc dans un système où le consommateur doit faire un effort pour s'en tirer au mieux. Ceux qui ne le font pas sont des victimes presque consentantes. L'offre de la SAQ est clairement à deux niveaux. Un niveau correct pour ceux que le vin intéresse, et un niveau clairement déficient pour ceux qui sont prêts à l'accepter, parfois sans le savoir, mais ignorance rime ici avec acceptation.

Donc, au final, on peut bien taper sur la SAQ, mais celle-ci suit le mandat donné par le gouvernement. À ce propos, soyez assurés qu'aux prochaines élections aucun parti n'aura comme élément de programme une réforme de la SAQ axée sur le mieux boire à meilleur prix pour tous. Ce qui veut dire qu'avec les problèmes budgétaires le mandat du gouvernement à la SAQ n'est pas à la veille de changer. Du vin-arnaque continuera d'être offert à profusion sur le marché québécois et la responsabilité de l'éviter continuera d'incomber aux consommateurs. De plus, il y a une bonne proportion de la population pour qui le vin sera toujours un produit générique interchangeable et pour lequel on doit payer peu. Donc, il y aura toujours un bassin de consommateurs pour perpétuer le système actuel. En ce sens, je ne comprends pas les chroniqueurs-vin sérieux qui font des vins très bas de gamme leur cheval de bataille et leur arme pour attaquer la SAQ. Quand j'ai commencé à m'intéresser plus sérieusement au vin, il y a une quinzaine d'années, 12$ la bouteille était déjà le seuil séparant les vins très ordinaires des vins de meilleure tenue. Il y a toujours des exceptions à cette règle, bien sûr, mais de se battre aujourd'hui pour plus de vins de ce prix n'a simplement pas de sens. Le nouveau seuil de respectabilité est maintenant autour de 15$ la bouteille au Québec, dépendant du type de vin. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais il me semble que le combat devrait être d'exiger plus de vins de haute qualité entre 15$ et 20$ et moins de vins génériques vendus à prime car ils ont une appellation reconnue sur l'étiquette.