samedi 23 mai 2015

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2013, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE




Après la Syrah de Casas del Bosque, pourquoi ne pas continuer avec leur Sauvignon Blanc Reserva? Ce vin est pour moi un classique chilien et un de mes vins favoris de consommation courante. Casas del Bosque est situé dans la partie ouest de la vallée de Casablanca. C'est la partie la plus proche de l'océan et donc, la plus fraîche. Ce vin est issu de trois clones du cépage et de deux types de sols. La vendange est mécanique et a lieu la nuit à des températures très basses ( entre 3 et 7° C), entre le 8 et le 22 avril. Le vinification inclut l'égrappage complet, le pressurage suivi d'une macération à froid pré-fermentaire de 64 heures en cuves d'inox, transfert du jus surnageant par gravité, pressurage de la suspension de peaux et de jus restante et séparation des fractions de basses et de hautes pressions. Tous les jus ainsi obtenus sont laissés au repos pour quatre jours à 10° C et ensuite inoculés avec des levures sélectionnées pour une fermentation alcoolique à très basses températures (aussi bas que 6.5° C au pic de fermentation). 93% du jus est fermenté en inox et 7% en barriques de chêne français de quatrième et cinquième usages. La fermentation en barriques atteint des températures beaucoup plus élevées (22° C). Après deux mois d'élevage sur lies, le vin en barriques est assemblé au gros du vin en inox et ensuite stabilisé à froid et embouteillé. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH très modéré de 3.37 et est bien sec à 2 g/L de sucres résiduels.

La robe est jaune pâle avec des reflets verdâtres. Le nez à l'ouverture est exubérant avec de forts arômes de pamplemousse et de zeste de pamplemousse. Le tout se calme par la suite pour livrer un profil où le cassis, les fruits de la passion et le citron gagnent en importance. Il y a aussi un aspect floral très agréable qui vient agrémenter l'ensemble qui est complété par un léger trait végétal évoquant le bourgeon de cassis et le poivron vert. Beau nez de jeune Sauvignon, complexe et élégant, où l'aspect thiolé marque fortement le profil. En bouche on retrouve un vin équilibré et simplement délicieux. Les saveurs sont intenses et offrent un heureux mélange dominé par le fruité et complété par le végétal. L'acidité offre un bon tonus à l'ensemble, sans être tranchante, et le vin possède une touche de gras qui ajoute un aspect tactile bienvenu. Le niveau de concentration est bon et bien ajusté au style du vin qui ne vise pas à impressionner par l'excès. La finale conclut en beauté le parcours, toute en harmonie et avec une très bonne longueur.

Ce Sauvignon cadre parfaitement avec l'idée que je me fais du vin chilien de type Reserva, soit un vin axé sur l'aromatique, montrant une belle présence, un bon équilibre, mais qui évite toute forme d'excès. En fait, le seul excès de ce vin se présente dès l'ouverture alors qu'il offre un court festival du pamplemousse. Le caractère éphémère de la chose fait en sorte que ce n'est pas un problème, au contraire. Au-delà ce ça, le vin est un cas de figure pour qui veut comprendre le potentiel aromatique du Sauvignon Blanc. On a les thiols qui nous offrent les arômes de pamplemousse, de cassis, de bourgeon de cassis et de fruits de la passion. On a des terpènes qui apportent le caractère citronné et floral, puis des pyrazine pour le caractère végétal évoquant le poivron vert. Dans ce vin, ce cocktail est bien dosé, avec le fruité en mode majeur, alors que le floral et le végétal jouent les seconds violons. C'est très bien ainsi. Cette cuvée de Casas del Bosque est une de mes favorites pour les vins chiliens de ce cépage car elle offre le compromis idéal. Ainsi ce vin offre tout ce qu'on peut attendre d'un bon jeune vin de SB, sans chercher à en mettre plein la vue, et le tout pour un prix incroyablement abordable (13.95$ en Ontario). Le 2012 est toujours disponible au Québec à un prix plus élevé (17.60$), mais comme toujours à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%, cela ramène le prix à 15.85$. L'écart demeure significatif, mais même à ce prix le vin demeure une véritable aubaine. J'écris cette note de dégustation après ma sixième de huit bouteilles. À boire jeune pour en tirer le maximum de plaisir. En espérant que ce vin apparaisse sur les tablettes de la SAQ, il n'a pas traîné sur celles de la LCBO. L'aubaine était telle que c'est facilement compréhensible.



samedi 9 mai 2015

SYRAH, GRAN RESERVA, 2012, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE



Casas del Bosque est une "boutique winery" chilienne située dans la partie la plus fraîche de la vallée Casablanca, à l'ouest de la vallée. Le Sauvignon Blanc, Reserva, de la maison est un de mes vins chiliens de consommation courante préféré. Cette fois j'ai eu la chance de mettre la main sur un rouge de gamme plus élevée. Il s'agit d'une Syrah issue de vignes de 8 à 13 ans d'âge plantées à flanc de colline sur un terroir granitique. Les raisins ont été vendangés il y a trois ans à cette période de l'année, soit du 9 au 18 mai 2012. La vinification comprend l'égrappage, une macération à froid pré-fermentaire de 7 jours. Une inoculation avec des souches de levures sélectionnées pour une fermentation alcoolique de 6 jours, avec deux pigeages manuels par jour. Une macération de trois jours a suivi la fin de la FA. Après le pressurage le vin fut élevé pendant 18 mois en barriques de chêne français, 55% neuves et 45% de second usage. En début d'élevage le vin a complété une fermentation malo-lactique. Il titre à 14.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.54 et 4.4 g/L de sucres résiduels.
La robe est sombre avec des reflets violacés et parfaitement opaque. Le nez révèle avec verve un superbe profil de Syrah de climat frais avec des arômes de fruits noirs, de poivre noir, de fumée, de goudron, d'épices douces, d'olives noires et de chocolat noir. Cette description peut paraître sombre avec tout ce noir, mais au contraire on est face à un vin lumineux de par l'éclat de ses arômes de très belle qualité. La bouche n'est pas en reste et la palette de saveurs intenses reflète très bien l'image olfactive de ce vin. L'attaque est ample, le vin est souple et une juste dose d'amertume contribue à l'équilibre d'ensemble. Le milieu de bouche confirme le plaisir intense qu'offre ce nectar qui possède une très bonne concentration, mais sans lourdeur et avec un bon volume. Le boisé semble contribuer à la présence tannique du vin qui gagne en importance et se resserre dans une finale solide et très longue.

Le vin peut souvent nous surprendre. On se fait des idées à son sujet et il y a toujours une cuvée quelque part qui trouve le moyen de nous faire mentir. Dans mon commentaire à propos d'une Syrah de climat frais d'Errazuriz, j'avais émis l'opinion que le bois neuf ne convenait pas vraiment à la Syrah de climat frais, qu'il était plus approprié pour les vins de Syrah issus de climats plus chauds. En règle générale cela demeure vrai, il me semble, mais cette cuvée Gran Reserva de Casas del Bosque montre bien qu'il ne faut pas en faire un dogme. L'usage du bois neuf ici se marie très bien avec le profil aromatique du vin. Bien sûr, celui-ci est très jeune, et ce bois est facilement perceptible, surtout en bouche, mais ça ne pose pas de problème à ce stade si on accepte ce style, et il est clair que le temps en bouteille va permettre d'encore mieux intégrer cet aspect boisé. Ici le bois ne masque rien et il vient plutôt supporter le beauté et la richesse de l'ensemble. Cette Syrah de Casas del Bosque est vraiment un vin de haut calibre. Une de mes belles découvertes en rouge depuis un bon bout de temps. On flirte ici avec ce que le Chili fait de mieux avec ce cépage. Le vin n'a pas la puissance et la concentration exacerbées de certaines cuvées de luxe très coûteuses, mais il montre un très bel équilibre et ne manque absolument pas de matière et de présence. Il porte bien son nom de Gran Reserva car il tombe justement, en termes de proportions, entre ce que donne un bon Reserva et une super cuvée très concentrée et extraite. Ici on est clairement dans ce que j'appellerais le haut de gamme modéré. Un créneau où le Chili fait des merveilles en terme de RQP. Le vin est qualitativement très ambitieux, mais il ne franchit pas la marche de la bombe hyper concentrée qui peut attirer des très gros scores de critiques américains. Ceci dit, ce vin a été choisi comme le meilleur de tous les vins en compétition, "Best in Show", lors des "Wines of Chile Awards 2014". À 22.95$ à la LCBO c'est une très belle façon de goûter une des meilleures Syrah de climat frais du Chili et de découvrir le haut niveau qualitatif dont est capable ce producteur. De plus, avec sa matière substantielle et son aspect boisé bien affirmé, ça me semble un excellent candidat pour une garde de 10 à 15 ans.


vendredi 1 mai 2015

4-Ethylphénol, 99%, Aldrich



Ne vous en faites pas, je n'écrirai pas de note de dégustation pour le contenu de cette bouteille, même si bien des vins contiennent la même molécule. Parce que la production de 4-Ethylphénol par les Bretts est naturelle, c'est accepté par plusieurs. Désolé de revenir encore sur ce sujet mais l'ignorance et le tabou qui l'entoure m'y ramènent périodiquement. Voilà que ce matin je tombe sur un nouvel article Marc-André Gagnon de Vin Québec où on jette de la confusion sur la culpabilité de cette levure pour expliquer les arômes phénolés (cuir, écurie, encre, iode, etc..). Le méconnaissance de l'arôme produit par le 4-Ethylphénol dans le vin en est le principal responsable. Le 4-Ethylphénol est un métabolite produit seulement par les levures Brettanomyces, par aucun autre micro-organisme. Donc, quand on est sensible au 4-Ethylphénol et qu'on sait en reconnaître l'arôme dans le vin, il n'y a pas de doute ensuite à savoir si le profil aromatique d'un vin est entaché par l'action des Bretts. Le problème, c'est que plusieurs dégustateurs aiment ça, que ce soit naturellement ou par obligation, par goût acquis, car il est très difficile d'être amateur de vins haut de gamme et de détester cet arôme, car il est très prévalent dans ce type de vins. Je suggère à tout dégustateur professionnel de déterminer sa sensibilité à cette molécule et à apprendre à la reconnaître. Comme ça il pourrait écrire en sachant vraiment de quoi il s'agit. Personnellement je l'ai fait. J'ai le produit pur je sais que j'y suis sensible et je sais ce que ça sent dans le vin. Ça ne peut pas être confondu avec autre chose, croyez-moi

Pour revenir à l'article de M. Gagnon, pour ce qui est du vin de M. Valette, il a beau n'avoir fait qu'une mise, ça ne garantit rien. Les levures sont en suspension dans le vin et avec le temps elles sédimentent au fond de la cuve. Alors il est bien possible qu'une partie du vin, celui du dessus de la cuve, ne contiennent pas de brett, ou très peu, alors que celui du fond en contiennent. Aussi, les Bretts se reproduisent en bouteille lorsque les conditions sont propices (pas assez de SO2 libre, pH trop élevé, sucres résiduels, température d'entreposage du vin à 20 dégrés Celsius ou plus.). Ainsi, il est possible d'embouteiller un vin ne contenant que quelques levures, mais qu'une fois en bouteille celles-ci se multiplient et se mettent à produire du 4-ethyl phénol et autres molécules aromatiques désagréables. J'ai vécu cette expérience plusieurs fois. Des vins jeunes ne montraient aucun signe de Brett, et après quelques années de cave passive, ces arômes phénolés apparaissaient. Vive les vins adéquatement sulfités et filtrés au besoin. Trop de bons vins sont gâchés par cette phobie des sulfites et de la filtration.