jeudi 31 janvier 2013

THE GYPSY, 2004, STELLENBOSCH, KEN FORRESTER



Le vin est un assemblage composé de Syrah à 80%, complété par du Grenache. Les raisins sont issus de vieilles vignes, 36 ans pour la Syrah et 50 ans pour le Grenache. Les millésimes récents de ce vin sont élaborés avec de jeunes vignes de Syrah de moins de 10 ans. En ce sens, ce vin est d'une autre époque, ce qui en fait une petite pièce de collection. Le vin titre à 14% d'alcool, ce qui est très raisonnable pour ce style de vin. Il est bien sec avec 2.1 g/L de sucres résiduels pour un pH tonique de 3.63. Le producteur parle d'un potentiel de garde d'au moins dix ans pour ce vin. Voyons ce qui en retourne après environ sept ans.

La robe montre une teinte encore assez soutenue où l'aspect translucide est le seul signe évident d'évolution. Le nez est très beau et déploie une belle palette d'arômes où le fruit rouge tient le premier rôle, complété par des notes raffinées de bois, de vanille/bois brûlé (fumée), de muscade et une très légère pointe camphrée. En bouche, l'équilibre est idéal, rien ne dépasse et la texture est simplement caressante. Le fruit domine, mais est bien amalgamé à un aspect doucement épicé et une légère touche d'amertume. Le milieu de bouche confirme l'aspect fondu de la matière et son bon niveau de concentration. La vin a aussi du volume et une bonne présence en bouche. Ceci dit, il n'y a rien d'excessif dans ce nectar qui coule sans effort, en offrant beaucoup de plaisir. La finale est harmonieuse, intense et longue.

J'ignore pourquoi M. Forrester a abandonné les vieilles vignes de Syrah qui ont servi à élaborer ce vin car le moins que je puisse dire c'est qu'il a réussi son coup avec ce millésime. Ce vin a un côté européen indéniable, et pour moi il a évoqué des souvenirs de bons Châteauneuf-du-Pape non excessifs et de profils aromatiques propres. Comme je l'ai déjà dit, l'équilibre est idéal pour ce genre de vin, sans lourdeur et sans présence excessive d'alcool. La qualité des arômes est très bonne et le vin est simplement délicieux. J'ai acheté ce vin en payant environ 40$ la bouteille en promotion, mais son prix régulier était de 64$. Le millésime courant se vend 61$ à la SAQ. Pour une soixantaine de dollars, ce vin n'a pas à rougir face à des Châteauneufs de prix similaires, mais selon mon barème RQP personnel, ce prix est trop élevé pour m'inciter à en racheter. Ceci dit, je doit spécifier que je n'achète pas de vins dont le prix excède 50$. N'empêche que c'est un superbe vin rouge, et un bel exemple pour illustrer ce que l'Afrique du Sud peut accomplir. Le vin semble loin de son déclin et les six bouteilles que j'ai encore en cave me permettront de le suivre au cours des 10 prochaines années. J'ai commencé à mettre certaines cuvées sud-africaines en cave (Warwick Trilogy, Pinot Noir et Chardonnay Hamilton Russell) et je suis confiant dans les résultats que j'en obtiendrai. Selon mon expérience, ce pays n'est pas au niveau du Chili dans la gamme de prix 15-25$, mais dans la gamme 25-50$, il y a de très bons achats à faire et qui sont de belles alternatives pour la cave.


samedi 26 janvier 2013

Brettanomyces: Le caractère non assumé

Retour sur l'article de Vin Québec qui relate une nouvelle étude de UC Davis qui permettrait de jeter un nouveau regard sur le rôle controversé des levures Brettanomyces dans le profil aromatique d'un grand nombre de vins. J'ai pris le temps de lire tous les documents référencés dans l'article de Vin Québec, et selon moi la méthodologie utilisée ne tient pas la route et les conclusions avancées sont simplement invalides. De plus, dans les documents mêmes des chercheurs il y a trois éléments qui discréditent la méthodologie utilisée. Le premier, et le plus important, étant que les souches de Brettanomyces sont imprévisibles du point de vue métabolique. Les métabolites qu'elles peuvent produire peuvent changer dramatiquement dans le temps pour des raisons inexpliquées, comme si certaines voies métaboliques s'activaient et se désactivaient sans raisons apparentes. Dans ces conditions, il est très difficile de parler des caractéristiques métaboliques des différentes souches répertoriées. À ce sujet, il y a une grosse erreur dans le texte de Vin Québec. L'étude a dénombré 83 souches différentes de Brettanomyces, et non pas 83 arômes produits par ce type de levures. Le deuxième élément contradictoire étant qu'en conditions réelles de vinification, il y a la plupart du temps plusieurs souches différentes de Brettanomyces dans le même vin. Ce qui a pour effet d'atténuer la singularité d'une souche particulière, à un moment donné dans le temps, et de produire un profil "brettien" plus général. Le troisième élément mentionné par les chercheurs et remettant en cause leur méthodologie est le fait qu'un grand nombre de vin "brettés" contiennent aussi des bactéries lactiques vivantes. Ces micro-organismes peuvent aussi être la source d'arômes déviants. Les conditions ouvrant la porte à l'action des Bretts, l'ouvre aussi à d'autres micro-organismes secondaires nuisibles.

À la lumière de tous ces éléments, on peut donc voir que l'idée d'ensemencer un vin de Cabernet Sauvignon avec des souches uniques de Brettanomyces, cultivées en laboratoire, ne tient pas la route. Il manque des détails de procédure, mais ma compréhension est à l'effet que le vin de Cabernet Sauvignon ensemencé était un vin fini. Cette façon de faire ne reflète en rien la réalité où les Bretts ne sont pas ensemencées en souches uniques dans des vins dont l'élaboration est complétée. Dans la réalité il y a une variété génétique, et ce sont les conditions d'élaboration qui ouvrent la porte à la propagation, et donc, à l'action de ces levures. Tout cela en se rappelant le caractère variable et imprévisible de l'action métabolique des levures Brettanomyces, et en se rappelant aussi que l'action des Bretts est dépendante du contenu d'un vin en précurseurs aromatiques (acide coumarique, acide ferrulique, etc..). Dans ces conditions, il est impossible de prétendre qu'il y aurait des vins qui ne subiraient que l'influence de "bonnes" Bretts. Il est aussi intéressant de se rappeler que les chercheurs mentionnent que les 83 souches de Brettanomyces répertoriées produisent toutes du 4-Ethyl Phénol (4-EP) et du 4-Ethyl Gaiacol (4-EG), qui sont les molécules les plus associées au caractère négatif des Bretts. Cet autre élément montre bien que l'idée de "bonnes" Bretts est une création de l'esprit, et non une réalité. Autre point intéressant à noter, c'est que les chercheurs nomment les molécules négatives produites par les Bretts (4-EP, 4-EG, 4-EC, acide isovalérique, tetrahydropyridine, acide acétique), mais on ne mentionne pas de molécules positives pour expliquer un impact potentiellement favorable de certaines souches de Brettanomyces. Finalement, on mentionne aussi un point très important quand il est question du débat autour de ces levures, soit le fait qu'un certain nombre de dégustateurs sont insensibles, ou peu sensibles, aux molécules négatives produites par les Bretts. Dans ce cas ce serait comme demander à un daltonien d'être critique d'art visuel. Selon mon expérience de dégustation en groupe, il y a effectivement des dégustateurs insensibles au 4-EP, qui pour moi est l'élément caractéristique d'un vin « bretté ». Il y a aussi des dégustateurs qui ne savent pas c'est quoi. Ils n'ont aucune idée de ce qu'est un arôme phénolé dans le vin. Il y a aussi ceux qui savent reconnaître ces arômes, qui y sont sensibles et qui aiment ça. Ça sent le fumier, mais c'est bon! Tous les goûts sont dans la nature et je respecte ça lorsque c'est assumé. Ceci dit, je ne peux m'empêcher de penser que c'est un goût acquis, mais j'avoue que c'est là un préjugé de ma part.

Un autre élément très important dans ce débat, et c'est un élément qui va au delà des sensibilités et des goûts personnels, c'est celui du caractère uniformisateur des Bretts sur les vins qui en portent la marque. Un vin "bretté", c'est l'antithèse d'un vin de terroir car il y a un élément commun qu'on peut retrouver partout dans le monde vinicole. Le 4-Ethyl Phénol sent la même chose peu importe l'origine du vin. Seul le reste du profil aromatique du vin peut en altérer légèrement la perception. Alors il est totalement ridicule de parler de vins de terroir dans le cas des vins "brettés". Ceci dit, je conçois que certaines personnes aiment les vins de ce genre. Ce qui m'embête, c'est le caractère caché de la chose pour l'acheteur potentiel. Comment savoir si j'achète un vin donné, si celui-ci est marqué par l'action des Bretts? Ça demeure un petit secret de fabrique, ou bien c'est simplement l'ignorance du producteur qui est en cause. Peu importe, il est impossible de savoir avant l'achat à quoi on aura affaire, et parfois le vin ne montre pas de caractère "bretté" à l'achat, mais ça se développera avec le temps en bouteille, surtout si la bouteille passe du temps à des températures plus élevées que la température de garde traditionnelle. Cette température traditionnelle (12°C), établie en Europe, ayant probablement un lien avec l'instabilité microbiologique d'un bon nombre de vins de garde de ce continent. Certains aiment le caractère "bretté", mais pas trop quand même!...

Finalement, ma réflexion sur le sujet m'a amené à faire un parallèle entre les vins "brettés" et les fromages bleus. Dans les deux cas il y a un caractère aromatique marqué qui va au-delà du profil de base du produit. Le vin sans Brettanomyces bruxellensis, et le fromage sans Penicilium roqueforti goûtent totalement autre chose. Le goût distinctif vient de l'action métabolique du microrganisme sur le produit de base. Pour le cas du fromage, la donne est claire. Quand on achète un fromage bleu, on sait ce qu'on achète. Si on aime pas ou si on a jamais voulu acquérir ce goût, on peut facilement passer outre. Si la même chose pouvait exister avec les vins "brettés", il n'y aurait pas de problèmes. L'ennui, c'est que le monde du vin qu'on dits fins n'assume pas son usage des Bretts. Soit on nie le phénomène, soit on dit que les Bretts sont un composant naturel entrant dans l'élaboration du vin. Le style n'est pas assumé car il y a une connotation négative associée aux Bretts. Je pense bien que cette situation n'est pas à la veille de changer. L'idée de vin de terroir est plus charmante et vendeuse que celle d'un vin marqué par l'action particulière d'un micro-organisme.



mardi 22 janvier 2013

SUR LE VIF

Autre article sur Vin Québec où on rapporte un virage de UC Davis à propos des fameuses levures Brettanomyces et leur supposée légitimité dans le vin. Je suis heureux de voir qu'on confirme ce que j'ai longtemps dit à leur propos, c'est-à-dire qu'elles sont un élément fondamental d'un très grand nombre de vins européens et français, surtout dans le haut de gamme. On m'a tellement contredit sur ce sujet que c'est plaisant à lire. Ceci dit, à mon avis, on mélange tout et ça manque beaucoup de rigueur scientifique. Une tentative de réhabilitation menée par une chercheuse qui avoue aimer les vins "brettés". C'est partial en partant et ça va dans le sens du courant "naturel" actuellement à la mode. Ça pue, mais c'est bon! Faut se méfier de l'idéologie, ça se marie mal avec la science. Je n'ai pas le temps actuellement d'écrire une critique précise de cette "recherche", mais dès que j'en aurai, je publierai quelque chose de plus substantiel sur le sujet. Au propre comme au figuré, les "Bretts" sont pas tuables, enfin presque...

lundi 14 janvier 2013

SAUVIGNON BLANC, GARUMA VINEYARD, 2011, LEYDA, VINA LEYDA



S'il y a un producteur chilien dont j'aimerais mieux connaître les vins, c'est sûrement Vina Leyda car les trois vins de cette maison que j'ai eu la chance de goûter jusqu'ici m'ont beaucoup plu. Il s'agit d'un simple Chardonnay d'entrée de gamme non boisé, du délicieux Pinot Noir, Las Brisas, et du millésime 2006 de cette cuvée Garuma dont je vous parle aujourd'hui. J'aime cette page sur le site du producteur qui illustre joliment ses différents vignobles en coteaux avec les cépages qui y sont associés pour les cuvée "vignoble unique". Ça permet de voir les différentes expositions et inclinaisons de ces vignobles, ainsi que leur proximité par rapport à l'océan. Parmi ces vignobles, celui d'où est issu ce Sauvignon, est le plus proche et le plus exposé à l'influence de l'océan Pacifique. Ce qui en fait le plus frais de tous. Les raisins pour ce vin ont été vendangés manuellement, 30% dans le deuxième semaine de Mars, et le reste 12 jours plus tard. Le but étant de complexifier le vin par l'utilisation de raisins de maturité différentes. Le vin a été élaboré en inox à l'abri de l'oxygène, sauf pour 6% de la vendange qui a été fermentée en barriques usagées. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH de 3.16, avec 1.5 gramme de sucres résiduels, ce qui en fait un vin très sec.

La robe est d'une pâle teinte verdâtre. Le nez est bien dégourdi et exhale des arômes de citron, de fruits de la passion et de zeste de pamplemousse, complétés par un léger trait végétal évoquant l'herbe fraîchement coupée. Très beau nez, frais et agréable, qui transpire la qualité. Cette impression se répercute en bouche où le vin se montre d'un équilibre impeccable, à la fois frais, dense et intense. Le vin a de la présence, une légère rondeur et un niveau de concentration appréciable. La finale conclut en beauté, avec un sursaut d'intensité et beaucoup de persistance.

Ce vin est un pur ravissement. Un modèle d'équilibre et de justesse qui en donne beaucoup, sans tomber dans l'excès. Ainsi, le vin demeure facile à boire et rafraîchissant, tout en donnant au dégustateur l'impression d'être dans un registre qualitatif supérieur. C'est une très belle expression de Sauvignon Blanc de climat frais axée sur les caractéristiques intrinsèque du cépage, sans influence boisée notable et sans effet oxydatif ayant pour effet d'atténuer les arômes variétaux. Ce vin, malgré son prix très abordable (17$), est régulièrement classé parmi les meilleures cuvée de Sauvignon Blanc du Chili. Pour en avoir goûter un grand nombre, je confirme le statut enviable de ce vin dans la hiérachie naissante des vins de Sauvignon Blanc chiliens. Un modèle d'équilibre. Vina Leyda, voilà un producteur qu'on devrait retrouver sur les tablettes de la SAQ. Un des meilleurs producteurs chiliens de vins de climat frais, et un producteur qui offre parmi les meilleurs RQP du pays sur l'ensemble de sa gamme de vins. Le Nouveau Chili à son meilleur.


mardi 8 janvier 2013

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



J'ai déjà commenté ce vin il y a un peu plus de deux ans. J'ai ouvert une autre bouteille aujourd'hui et il m'a tellement charmé que j'ai eu envie de le ramener en tête de liste. C'est un vin extraordinaire presque 10 ans après la récolte qui a mené à son élaboration. Mes commentaires d'il y a deux ans et ceux d'aujourd'hui sont sur l'entrée initiale ici.