jeudi 30 juin 2011

CARIGNAN, DRY FARMING, 2008, CAUQUENES, MAULE, SANTA CAROLINA

En 2009, lors de la dégustation annuelle de Vin du Chili tenue à Montréal, j'avais eu la chance de rapidement goûter ce vin qui m'avait alors impressionné par son caractère distinctif. Voilà que deux ans plus tard j'ai réussi à mettre la main sur quelques bouteilles de ce nectar issu de vieilles vignes de Carignan (80 ans et plus). Comme c'est la norme au Chili, ces vignes ne sont pas greffées, et contrairement à la norme, elles ne sont pas irriguées, grâce à leur système racinaire très développé. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne et montre un titre alcoolique de 14.5%. Ce vin provient d'un vignoble situé près de la ville Cauquenes dans ce que les chiliens appellent la Secano Costero, c'est-à-dire une région côtière sans irrigation. Voici ce que Andres Sanches, œnologue en chef chez Gillmore, dit de cette région et de ses vins : « Les vignes comme les hommes doivent travailler. Dans la Secano Costero, elles sont forcées vers une expression intime de survie. Le résultat donne des vins de caractère distinctifs, avec de faibles pH, une concentration élégante et une réelle capacité de vieillissement. Les vins de cette région sont la preuve vivante que le Chili peut faire des vins de classe mondiale exprimant un caractère local. »

La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez s'exprime avec mesure sur des arômes de fruits rouges acidulés, complétés par un peu de fruits noirs, du poivre noir, des épices douces et de légères notes florales. Très beau nez déjà assez complexe et qui surprend par un certain raffinement. En bouche, ce qu'on remarque d'entrée c'est l'acidité et la fraîcheur qu'elle procure à l'ensemble, tout en contribuant à l'intensité du très beau fruité que déploie ce vin. Le milieu de bouche révèle un vin élancé, à la structure ferme et compacte, aux tanins fins et au fort niveau de concentration. Cette forte concentration passe par l'intensité bien focalisée des saveurs, et non pas par une impression de grand volume et de pesanteur. La finale continue sur la voie de l'intensité, avec cette acidité qui marque toujours le profil du vin, le tout sur une très bonne persistance des saveurs. Ce vin a été bu sur quatre jours et il était encore impeccable la dernière journée. Aucune trace d'oxydation et intégrité aromatique.

Qui a dit que le Carignan était un cépage rustique et peu qualitatif? Cette interprétation chilienne montre tout le contraire. Il s'agit vraiment d'un superbe jeune vin, tout en fraîcheur et en intensité, avec des arômes qui n'ont rien de rustique. Ce vin servi en pure aveugle en déculotterait plusieurs, moi le premier. D'abord je suis sûr que personne ne le placerait dans la modique catégorie de prix où il est vendu (16.95$). Ensuite, ceux ayant des préjugés envers les vins de Carignan ou ont une idée bien définie des vins chiliens devraient revoir leur copie. De plus, bien qu'il soit déjà excellent pour qui affectionne les rouges à l'acidité marquée, ce qui est mon cas. Ce vin me semble posséder un très bon potentiel de garde. J'ai l'impression que dans dix ans ce vin sera encore plus surprenant. Le temps aura sûrement su calmer ses ardeurs, mais la qualité de sa matière de jeunesse laisse déjà entrevoir ce qu'il pourrait devenir. Après avoir beaucoup lu sur la nouvelle vague des vins de Carignan de Maule issus de vieilles vignes, je suis heureux d'avoir finalement pu en déguster un, tranquillement. Il s'agit clairement d'un atout de plus pour le Chili car la qualité est au rendez-vous, mais le style obtenu constitue aussi un élément supplémentaire dans la diversité croissante qu'offre aujourd'hui ce pays. Pour qui voudrait en connaître plus sur le renouveau des vieilles vignes de Carignan de Maule, suivre ce lien vers un article du Wine Enthusiast.



mercredi 29 juin 2011

Aborder le vin autrement


Si vous lisez ce blogue avec régularité, vous le savez déjà, je bois surtout des vins du Chili, mais je lis et m'intéresse au monde du vin dans son ensemble. Avec ce que j'ai pu lire ces derniers temps sur divers blogues et forums, disons que je ne suis pas prêt de devenir un buveur plus traditionnel. De manière générale j'ai pu constater un écœurement avec l'annonce des prix des bordeaux primeurs 2010. Certains encaissaient les hausses depuis longtemps sans trop broncher, mais là il semble que pour plusieurs ce soit la goutte qui fasse déborder le vase. Ce que je trouve dommage toutefois, c'est de voir certains amateurs contempler l'idée d'arrêter de s'intéresser au vin à cause de l'inaccessibilité croissante des vins prestigieux. C'est à se demander si ce qui compte le plus c'est le nom sur l'étiquette, et tout ce qui vient avec, plutôt que le vin lui-même. Depuis que je m'intéresse au vin, j'ai toujours été sceptique face à la hiérarchisation à la française et à son aspect définitif. Je ne dis pas qu'il n'y a pas des terroirs plus propices que d'autres à produire des vins de haute qualité, mais ce système est érigé de telle façon qu'il semble affirmer une vérité absolue et permanente. Le problème, c'est que plusieurs croient qu'il s'agit d'une vérité absolue et permanente. Le résultat de la glorification de ce qui se situe au haut de cette pyramide, c'est une dévalorisation de ce qui est plus bas, ou hors de cet édifice immuable. Certains en viennent à penser que pour être un réel amateur, il faut pouvoir accéder au haut de cette pyramide. Sans cela point de salut. Bien sûr, dans un monde idéal il serait intéressant de pouvoir accéder facilement à ces vins, ne serait-ce que pour constater que même si ça peut être très bon, le vin de grande qualité existe aussi ailleurs. Ceci sans compter que le plaisir que le vin peut offrir est multiforme. Il y a beaucoup de très bons vins dans le monde qui sont totalement hors de la pyramide hiérarchique officielle, ou hors de celle parallèle des vins médiatiques à grosses notes. C'est vers ces vins qu'il faut se tourner.

Bien sûr, il est plus difficile de trouver des vins dont presque personne ne parle. Il faut aussi renoncer au pouvoir de l'étiquette, ce qui implique qu'il faut juger par soi-même. En fait, une des conditions de base pour sortir du schéma traditionnel, c'est d'être convaincu qu'il y a autre chose de très bon ailleurs. Si l'amateur qui avait mis son bonheur vinique dans les mains des hiérarchies que je viens d'évoquer, pouvait avec autant de conviction penser que son bonheur peut-être ailleurs. Le pas le plus important serait franchi, car il ne faut pas oublier que l'aspect mental est primordial dans l'appréciation du vin. Votre conviction de départ aura une influence déterminante sur votre appréciation des choses. La dégustation à l'aveugle le démontre très bien. Bien sûr, la conviction n'est pas quelque choses de volontaire et les préjugés sont tenaces. Si on a cru en quelque chose pendant de nombreuses années, qu'on s'y est investi à fond, il n'y a pas d'interrupteur pour renverser les choses. Si, par exemple, vous êtes convaincu que la quintessence de l'assemblage bordelais ne peut s'obtenir que dans sa région d'origine, car c'est de là que ça vient, alors il sera très difficile de vous faire acheter un assemblage de ce type venant de Hawkes Bay, du Languedoc, de Maule, de Mendoza ou de Margaret River. Surtout que ces vins auront leurs particularités, surtout en jeunesse. Si au contraire vous êtes convaincu que Bordeaux n'a pas le monopole de la qualité, et que vous êtes ouvert à apprivoiser les particularités venant avec des terroirs différents, alors là l'histoire change. Bordeaux restera Bordeaux, une référence incontournable à laquelle il fera toujours bon de revenir, mais l'horizon lui se sera passablement élargi.

Bien sûr, je vous entend déjà vous dire que je peux bien parler d'horizons élargis, moi qui se concentre fortement sur le Chili, et vous avez bien raison. Tout ce que je peux dire pour ma défense, c'est qu'au Chili je ne suis pas frustré par les prix. En fait, je demeure convaincu que le Chili est le meilleur pays au monde en terme de RQP, que la variété y est grandissante et que c'est actuellement le pays le plus intéressant à suivre à cause de son évolution rapide. Ceci dit, je suis le premier à reconnaître que mon champ d'action est très limité et que c'est loin d'être l'idéal pour un véritable amateur. Toutefois, il ne faut pas confondre champ d'action et champ d'intérêt. D'ailleurs, je devrais participer plus souvent à des dégustations organisées comprenant des vins d'origines variées. C'est une bonne façon de goûter à beaucoup de choses différentes, et une bonne façon aussi de goûter à certains de ces vins faisant partie de ces pyramides de moins en moins accessibles. Je l'ai fait plusieurs fois dans le passé, et pour moi ça avait l'effet de renforcer mes convictions, tout en balisant le terrain. Comme quoi une fois que quelqu'un est convaincu de quelque chose, il est difficile de lui faire changer d'idée. D'ailleurs, la base du problème demeure les idées que l'on inculque aux gens qui commencent à s'intéresser au vin. On nous rabat toujours les oreilles avec les mêmes lieux communs. Encore hier je suis tombé sur un bel exemple de ce discours convenu qui contribue à convaincre l'amateur qu'il n'y qu'une voie vers le bonheur en matière de vin. C'est un article du site Cyberpresse (voir le lien) où l'on demande à la sommelière Jessica Harnois quels vins des parents devraient mettre de côté aujourd'hui pour fêter les 20 ans de leur enfant. Les réponses de Mme Harnois sont d'un conformisme déplorable. Elle y ressort la hiérarchie traditionnelle avec ses vins aux prix exorbitants. Ce n'est qu'un exemple, bien sûr, mais pour moi il est représentatif de la culture dominante dans le monde du vin. Aucune originalité, aucune audace, toujours la même vision sclérosée des choses, déconnectée de la réalité économique de la vaste majorité des amateurs. Sans compter que ça contribue à légitimer quelque chose qui ne devrait plus l'être. Il y a plein de vins de prix abordables et de très belle qualité qui peuvent être achetés aujourd'hui et qui seront excellents pour le vingtième anniversaire de votre rejeton. Le vin c'est tellement plus que tous ces produits de luxe aux prix gonflés qui n'ont de sens justement que dans une logique de luxe. C'est dommage de constater qu'une partie du patrimoine vinicole mondial est maintenant passé dans cette catégorie, mais le vin à échelle humaine et de grande qualité existe encore. Il me semble que si on aime vraiment le vin on devrait le favoriser et oublier les produits de luxe, même si de l'excellent vin en est souvent l'ingrédient de base.




lundi 27 juin 2011

PINOT NOIR, LAS BRISAS, 2009, LEYDA, VINA LEYDA




Vina Leyda est un producteur exemplaire dans le paysage vinicole chilien actuel. Un producteur indépendant qui a été un des pionniers du mouvement vers la côte au Chili, puis qui fut racheté plus tard par le géant Vina San Pedro. Ce qui est intéressant toutefois, c'est que malgré ce rachat par un gros joueur de l'industrie, Vina Leyda continue de fonctionner comme une unité autonome. San Pedro a d'ailleurs fait la même chose avec un autre excellent petit producteur, Vina Tabali. Ainsi, ces deux producteurs peuvent continuer leur démarche axée sur un terroir particulier, et en même temps ils ont accès à la masse critique d'un gros joueur comme San Pedro. Tabali est déjà un de mes producteurs chiliens favoris, offrant des vins distinctifs et de RQP imbattables. Pour ce qui est de Vina Leyda, les deux blancs côtiers de ce producteur que j'ai pu me procurer dans le passé m'ont favorablement impressionné (voir liens). Ce Pinot Noir est donc ma première expérience avec ce producteur pour un rouge de la région de Leyda. Ce vin provient du vignoble « Las Brisas » planté en 1998 sur une pente orientée au sud-ouest, ce qui réduit l'exposition au soleil et augmente celle aux vents frais du Pacifique. Les rendements sont faibles à environ 30 hl/ha. Une macération à froid de six jours a lieu, avec 30% de raisins entiers, suivi de la fermentation avec levures sélectionnées. Le vin est élevé pendant 10 mois en barriques de chêne français de second usage. Le titre alcoolique est de 14%.

La robe est de teinte rubis et passablement translucide. Le nez est simplement superbe combinant les arômes de cerises et de fraises à de belles notes épicées évoquant la muscade la cannelle et la réglisse. Comme toujours il est difficile de rendre en mots des impressions olfactives, mais une chose est sûre, dès le premier abord, je me suis dit que ce nez faisait très Pinot, mais le Pinot comme je l'aime, avec des arômes francs et nets de qualité supérieure. Le bonheur se poursuit en bouche où l'attaque est vive et déploie un fruit rouge frais et intense amalgamé à d'agréables notes épicées. Le milieu de bouche étonne par sa matière à la fois bien concentrée et légère. Ce vin compact montre une belle fluidité et coule sans effort avec toujours ces saveurs intenses qui irradient. En finale, le mariage entre les caractères fruité et épicé gagne un cran dans l'harmonie et l'intensité, sur une persistance de fort calibre.

Sur ce blogue je ne parle que des vins que j'ai aimé, ou qui selon moi présentent un certain intérêt. Alors je sais que certains lecteurs doivent se dire que j'aime tous les vins, surtout chiliens, que je goûte, sans discernement. Rassurez-vous. Ce n'est pas le cas. Toutefois, avec la bonne connaissance que j'ai de ce pays, je ne choisi pas mes vins au hasard et cela m'aide à minimiser les déceptions. Et quand un vin me déçoit, je n'ai pas l'envie de prendre du temps pour écrire une note de dégustation à son sujet. J'explique tout ça pour faire comprendre le processus qui me fait paraître comme étant toujours positif. Ce qui m'a donné l'envie de cette clarification, c'est que ce Pinot Noir de Vina Leyda m'a vraiment charmé, voire enthousiasmé, et qu'encore une fois mon constat est très positif. Donc, encore une fois j'aurai l'air de jouer le même air. C'est vrai. Difficile d'y échapper. Mais au-delà de la découverte d'un bon vin, ce qui m'enthousiasme c'est quand un vin arrive à symboliser le progrès réalisé avec un cépage encore mal établi. C'est ce que ce Pinot de Vina Leyda arrive à faire selon moi. Du moins, c'est ce qu'il m'a inspiré. J'ai été séduit par son équilibre alliant intensité, fraicheur et fidélité au cépage. C'est un vin prêt à boire, qui coule sans effort, léger dans le sens positif du terme. Un vin où on a pas tenté de trop en faire, de trop en mettre, dans l'unique but d'impressionner, et à la fin, cette retenue qui impressionne. Ce Las Brisas est un autre de ces vins issus de la nouvelle mentalité terroir qui émerge actuellement au Chili . Je reviendrai d'ailleurs bientôt sur ce courant, sur cette nouvelle vague qui conçoit le vin et son élaboration autrement.




 

jeudi 23 juin 2011

CHARDONNAY, QUILLAY, 2009, BIO BIO, VERANDA




Le Chardonnay, Oda, 2007, de Veranda est un des meilleurs vins chiliens de ce cépage qu'il m'ait été donné de déguster. D'ailleurs, quelques bouteilles oubliées sont encore disponibles sur les tablettes de la SAQ. Cette fois, j'y vais avec la cuvée Quillay Single Vineyard, qui représente l'entrée de gamme de ce producteur. Ce vin est signé Pascal Marchand, c'est le cas de le dire, sa signature étant apposée au bas de l'étiquette. Un autre Québécois aux accointances bourguignonnes, Patrick Piuze qui produit du vin à Chablis, agit comme consultant pour Veranda. Malheureusement, je n'ai pu trouver aucun détail concernant l'élaboration de ce vin qui titre à 14% d'alcool.

La robe est de teinte or pâle. Le nez est plutôt discret, mais on peut quand même y percevoir de frais arômes de pomme et de poire, auxquels s'ajoutent un peu de pêche et de beurre, ainsi que de très légères notes de noix et de caramel. En bouche, le vin est beaucoup plus démonstratif, avec des saveurs intenses qui reflètent bien l'olfactif. L'acidité marque le profil de se vin, ce qui lui donne de la droiture et contribue à l'intensité des saveurs. Le milieu de bouche confirme cette droiture déjà évoquée, en plus de révéler un bon niveau de concentration axé sur la densité de la matière. Quelques degrés Celcius de plus permettent toutefois d'apprécier le vin avec plus de volume et un peu de gras. La finale est harmonieuse, avec une touche d'amertume qui se pointe et une bonne longueur.

Avec ses nouveaux terroirs frais, le Chili est en train de développer un style de Chardonnay qui était totalement absent de son répertoire il n'y a pas si longtemps. C'est-à-dire des vins très frais, à l'acidité presque tranchante qui ne sont pas sans évoquer en bouche, au niveau tactile, les vins de Sauvignon Blanc. L'identité du cépage demeure présente toutefois, au niveau des arômes et des saveurs, mais avec moins de maturité du fruit et moins de volume. L'apport boisé dans ces vins est aussi beaucoup plus discret. En fait, le Chardonnay, avec cette versatilité stylistique, me fait penser à ce que la Syrah peut donner en rouge. Des cépages pouvant donner de bons résultats sous un large intervalle de climats, mais où les différences de style liées au terroir peuvent être très marquées. Il s'agit sans contredit d'un ajout des plus positifs dans l'arsenal chilien. Surtout lorsqu'on tient en compte que ces vin proviennent tous de très jeunes vignes. Ce n'est donc qu'un début. Pour qui voudrait découvrir ce style, et comme ce vin de Veranda n'est pas disponible à la SAQ, je recommanderais deux autres vins qui cadrent avec ce type de profil et dont j'ai déjà parler sur ce blogue, soit le Chardonnay, 20 Barrels, 2007, Casablanca, Cono Sur, ou le Chardonnay, Malvilla, 2008, San Antonio, Vina Chocalan.

mercredi 22 juin 2011

SYRAH, WINEMAKER'S SELECTION, 2009, CASABLANCA, EMILIANA




Une autre Syrah chilienne de climat frais, et un autre vin de Emiliana, leader chilien de la culture biologique et biodynamique. Ce vin est issu du vignoble « La Quebrada », « Le Ruisseau » en français, situé dans la vallée de Casablanca. Il s'agit en fait d'un assemblage qui contient aussi 7% de Merlot et 5% de Viognier, qui a été élevé un an en barriques de chêne d'âge indéterminé (80% françcais et 20% américain). Le vin titre à 14.8% d'alcool et ne contient que 18 mg/L de soufre libre. Avec un tel titre alcoolique, on peut se demander si ce vin provient vraiment d'un climat frais, mais il faut comprendre que la rareté des précipitations dans cette région permet de laisser murir le raisin très longtemps avant la vendange. Certains producteurs peuvent attendre jusqu'à la fin de mai pour cueillir, ce qui est l'équivalent de la fin novembre dans l'hémisphère nord.

La robe est d'une teinte violacée opaque et très intense. Le est d'intensité modérée et exhale de doux arômes de fruits rouges (cerise) et de fruits noirs, auxquels s'ajoute un peu de poivre noir et de feuilles de laurier, un soupçon de vanille, ainsi qu'un léger trait mentholé. Une trace de fumée est aussi présente dans ce nez juvénile où fruité et caractère épicé forment un heureux mariage. En bouche, l'équilibre est surprenant pour un vin si jeune, rien n'accroche, c'est velouté et généreux, avec du fruit doucement épicé à revendre. À ce stade précoce, le vin est juteux et très intense, et montre en milieu de bouche un fort niveau de concentration et un bon volume. Le vin remplit la bouche et les saveurs s'éclatent avec toujours ces tanins de velours et un léger trait d'amertume chocolatée qui fait son apparition. La finale garde le cap de l'équilibre et de l'intensité, sur une bonne longueur et des rémanences de chocolat noir à la toute fin.

Je pensais ce vin trop jeune, et c'est simplement ma curiosité qui m'a poussé à en ouvrir une bouteille. Pour être jeune, il est jeune, mais c'est un de ces cas où prime jeunesse et plaisir coexistent, si tant est que l'on soit réceptif à ce genre de profil. C'est un vin modéré au nez, mais bien démonstratif en bouche, mais qui heureusement ne tombe pas dans l'outrance et dont l'aspect boisé est retenu. Ce qui fait que l'ensemble demeure sous contrôle avec du fruit épicé intense sur une trame soyeuse. J'ai trouvé que ce vin se situait entre deux chaises en terme de style. Il n'a pas la fraîcheur d'arôme d'une Syrah comme celle de Falernia ,dont je traitais la semaine dernière, mais en même temps on ne tombe pas dans le profil Shiraz de climat vraiment chaud. Toujours est-il que quelqu'un qui achèterais ce vin en s'attendant un style « climat frais » pourrait être déçu. Mais en terme de qualité ce vin donne entière satisfaction, surtout si on tient compte de son prix de 18.95$. Beau vin avec un bon potentiel de garde, qui en plus a la vertu d'être biologique.



*

mardi 14 juin 2011

SYRAH, RESERVA, 2007, ELQUI, VINA FALERNIA




Vina Falernia, un producteur à propos duquel j'ai lu beaucoup de très belles choses. J'avais donc très hâte de pouvoir enfin goûter un de ses vins. Surtout cette Syrah qui s'est attirée son lot d'éloges ces dernières années, en particulier de la part de la presse britannique. C'est pour ce type de vin que mon intérêt pour le Chili se maintient depuis quelques années. Ce pays permet actuellement de découvrir des vins de pionniers issus de nouvelles régions jusque là inexploitées ou mal exploitées. C'est le cas de la vallée de Elqui, située à la frontière du désert de l'Atacama, au nord du pays. La vigne pousse dans cette région depuis longtemps, mais les Moscatel, Torontel et Pedro Ximenez servaient uniquement, jusqu'à récemment, à la production de pisco. Finalement, en 1998, Aldo Olivier, un producteur de pisco d'origine italienne a décidé de se lancer dans la production de vin sous les conseils de Giorgio Flessati, son cousin et oenologue du Trentin en Italie. Celui-ci lors d'une visite en 1995 avait vu le potentiel de la vallée de Elqui ce qui a mené au développement du projet trois ans plus tard. Pour ce qui est de cette Syrah, Reserva, les raisins la composant proviennent principalement du vignoble Titon, situé à 350 m d'altitude et à 18km de l'océan. C'est un lieu frais et assez humide, marqué par de fréquents brouillards matinaux, où les températures atteignent un maximum de 25ºC le jour et baissent jusqu'à 10ºC la nuit. Une partie minoritaire des fruits provient du vignoble Huanta, situé totalement à l'opposé, à l'extrémité est de la vallée, à une altitude de 2000 m dans le contrefort des Andes. C'est un lieu vraiment spectaculaire (voir lien). Une proportion de 60% du vin a été élevé pendant 6 mois en barriques de chêne d'âge et d'origine indéterminées. Le vin titre à 14% d'alcool et je l'ai dégusté sur une période de deux jours.

La robe est foncée et opaque. Le nez est très expressif à l'ouverture, puis se calme par la suite, demeurant quand même de bonne intensité. Le profil aromatique évoque clairement la Syrah de climat frais, avec des arômes de fruits rouges et noirs, de poivre noir, de fumée, de violette, d'épices douces et d'herbes séchées. Ce nez est vraiment un régal et je ne peux m'empêcher d'y revenir très fréquemment. Un nez vraiment séduisant de par la nature, la fraîcheur et la qualité de ses arômes. La bouche suit et procure elle aussi beaucoup de plaisir, avec des saveurs fraîches et intenses qui reflètent bien ce qui était perçu au nez. L'acidité du vin contribue à l'éclat des saveurs et procure un bon tonus à cet ensemble élancé et compact. En milieu de bouche, on note une concentration de fort calibre, avec une matière bien dense, sur une bonne base d'amertume et une texture tannique raffinée. La finale est intense et très longue avec l'amertume chocolatée qui gagne en importance et les tanins qui montrent juste un peu de mordant.


Après tout ce que j'avais lu sur ce producteur, mes attentes étaient élevées, même si on parle ici d'un vin de prix très abordable. Et bien le moins que je puisse dire c'est qu'elles ont été comblées. Pour le prix payé de 15.95$, la qualité de ce vin est simplement renversante. C'est un jeune vin avec beaucoup de caractère, à l'acidité élevée, et qui est très intense en ce moment. Le profil aromatique évoque immanquablement une expression propre du Rhône nord. Je suis vraiment curieux de voir comment ce vin va pouvoir évoluer. Je pense qu'il possède un potentiel énorme. Le genre de vin qui pourrait en mystifier plusieurs en pure aveugle dans 10 à 15 ans. Bien sûr il s'agit d'un pari en ce moment, mais pour moi il s'agit d'un risque calculé. Un risque que je n'ai pas du tout peur de prendre. Ceux qui ont goûté et aimé la Syrah, 2007, Elqui de Chono devrait aimer ce vin, car son profil aromatique est très similaire. Toutefois, le Falernia est moins prêt à boire. Il est plus concentré, plus intense, plus puissant, avec aussi plus d'amertume. Un vin qui a encore besoin de temps pour trouver son équilibre optimal, même s'il est déjà très bon quand on a le goût d'un vin vibrant de jeunesse.

http://www.youtube.com/watch?v=fSFfiVYGxSo

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/04/syrah-chono-reserva-2007-elqui-geo.html

samedi 11 juin 2011

Le pouvoir de l'étiquette et des préjugés


Le site CyberPresse a initié une série de reportages vidéo portant sur la dégustation à l'aveugle d'un vin choisi par un professionnel. Jusqu'à maintenant, j'ai été impressionné par Guénael Revel qui a identifié un Pinot Noir suisse. Bravo! D'un autre côté, la dégustation du Cabernet Sauvignon, Legado, 2008, Maipo, De Martino par le sommelier Mathieu Guillemette, m'a rappelé avec acuité pourquoi il est si difficile pour les vins chiliens d'être reconnus à leur juste valeur au Québec chez les professionnels du vin. Il était intéressant de voir M. Guillemette aller, pas de mention de végétal ou de plan de tomate de sa part, tiens donc! La beauté de l'aveugle! Une présence de bois pas parfaitement intégré dans un vin si jeune est juste normale. Combien de rouges de cet âge, élevés en barriques, sont des modèles d'équilibre? Mais le clou c'est la réaction du sommelier lors de dévoilement de la bouteille, le pauvre, il faut voir son air penaud. Il est tellement mal à l'aise de ne pas avoir détesté le vin qu'il se sent obligé d'ajouter à la toute fin, dans une tentative de sauver sa crédibilité, qu'il n'est pas un fan!!! Pourtant un vrai professionnel connaissant les rouges chiliens de ce genre aurait dû ajouter que ce 2008 était encore bien jeune et que 5 à 10 ans supplémentaires en bouteille avaient de bonnes chances de donner un beau vin fondu et équilibré. Désespérant...


*

jeudi 9 juin 2011

Vin en bouteille microbiologiquement actif et goût de bouchon: Un lien est-il possible?

À la suite de la discussion initiée sur le forum Fouduvin à propos des problèmes de bouchons, ce qui m’a amené à écrire un petit article sur le sujet sur ce blogue. J’ai continué à lire différents textes à ce propos. Cette mise à jour de mes connaissances sur le sujet, combinée à certaines de mes expériences personnelles à propos des vins dits bouchonnés, m’ont amené à me demander si les experts de la question n’étaient pas passés à côté d’un mécanisme possible pour expliquer une partie du problème des vins bouchonnés. Ce que je vais soumettre ici n’est rien d’autre qu’une hypothèse basée sur mes lectures et mon expérience empirique et n’a évidemment pas la prétention d’être un résultat scientifique.

Ce qui me lisent ici avec régularité le savent, je ne suis pas un buveur de vins très chers. Toutefois, au cours des dernières années, j’ai participé à de nombreuses dégustations de groupe où, contrairement à mes habitudes, je dégustais des vins d’une catégorie de prix passablement plus élevée. Je n’ai pas compilé de statistiques sur la question, mais il est clair dans mon esprit que le taux de vins bouchonnés dans ces dégustations était passablement plus élevé que ce que je rencontre dans ma consommation personnelle de vins de prix plus modestes. Cela m’a toujours étonné, car en principe, qui dit vins plus chers suppose que la qualité des bouchons devrait suivre. En parallèle, j’avais aussi noté le même phénomène pour les arômes phénolés associés à une contamination aux levures Brettanomyces. Donc, les vins plus haut de gamme semblaient présenter un taux de défectuosité pas mal plus élevé que les vins moins chers qui sont mon ordinaire. Dans le cas des arômes “brettés”, l’explication du phénomène m’apparaissait assez simple et relevait de conditions qui permettaient l’activité des levures Brettanomyces, tant en cours d’élaboration du vin, qu’une fois celui-ci mis en bouteille (taux de sulfites, filtration, etc..). Toutefois, ces conditions valables pour les “bretts” ne semblaient pas avoir de lien avec le problème de goûts de bouchon.

Suite à mes lectures récentes sur le problème des vins bouchonnés, j’en suis venu à émettre l’hypothèse que l’instabilité microbiologique pourrait aussi être en cause dans certains cas de vins bouchonnés. Je m’explique. D’abord, il est important de comprendre que le précurseur du 2,4,6-trichloroanisole (TCA), est principalement le 2,4,6-trichlorophénol (TCP). Or le TCP est une molécule hautement toxique, mais pratiquement inodore (1). Ce qui veut dire qu’un vin peut être contaminé par des traces de TCP mais celles-ci seront imperceptibles, même pour le nez le plus sensible. Toutefois, si seulement une partie de ce TCP était transformé en TCA, le même vin serait alors facilement déclaré bouchonné. La conversion de TCP en TCA est une réaction de détoxification qui peut être effectuée par plusieurs type de microorganismes, en particulier des champignons microscopiques (moisissures) (1), (2). Une autre chose que j’ai apprise et qui m’a beaucoup étonné, c’est que le liège est un capteur de TCA (2). Si on expose un bouchon de liège propre à un vin contaminé au TCA, la plupart du TCA en solution dans le vin sera absorbé par le liège. Donc, le liège agirait comme un concentrateur de TCA. Dans ces circonstances, il semble logique de penser qu’une des façons pouvant expliquer ce qu’on appelle le bouchonnage, serait par la présence simultanée dans une bouteille de TCP et d’un microorganisme pouvant convertir celui-ci en TCA. Le bouchon lui capterait une bonne partie du TCA ainsi formé, ce qui lui donnerait sa forte odeur de TCA et expliquerait pourquoi on le tient pour unique coupable du phénomène, au point de parler de vin bouchonné. Je le répète, ce n’est là qu’une hypothèse, et même si elle était juste, ce ne serait qu’une des façons pouvant mener à la contamination du vin au TCA.

Une chose est sûre, les sources potentielles pouvant mener à la contamination du vin par le TCP avant l’embouteillage sont multiples (1), (2). Dans ces circonstances, les vins plus chers, généralement élaborés en prenant plus de risques microbiologiques, semblent plus exposés à la conversion du TCP en TCA. Pour en revenir à mon expérience personnelle, je me dis que la plupart des vins de prix abordables que je bois sont suffisamment sulfités et filtrés. J’ignore s’ils sont généralement stériles, mais mon expérience m’a montré que les cas de bouchonnage sont très rares pour ce type de vins. Alors que dans les vins plus chers, où plusieurs aiment bien laisser faire la nature le plus possible, ça me semble le contraire. Dans le cas des levures Brettanomyces cette philosophie du laisser-aller explique la prévalence plus élevée du problème. Il me semble qu’il y a une possibilité qu’un phénomène semblable puisse expliquer pourquoi le taux de vins bouchonnés est plus élevé chez les vins plus chers. De plus, mon hypothèse semble cadrer avec le caractère apparemment aléatoire du bouchonnage. L’exemple des levures Brettanomyces le montre bien, toutes les bouteilles ne sont pas nécessairement touchées, car la contamination microbiologique des bouteilles par le vin à l’embouteillage est variable. On peut aussi imaginer des cas où le TCP proviendrait du vin, et la contamination microbiologique du bouchon. Aussi, j’ai déjà vu des bouchons provenant de bouteilles bouchonnées où on pouvait clairement voir des colonies de microorganismes ayant poussé sur des lenticelles présentes à la surface du miroir. Ce type de phénomène à la surface du bouchon était pour moi une preuve assez claire qu’une activité microbiologique avait eu lieu dans la bouteille.

Encore une fois, avec ce texte je ne prétend pas annoncer une grande découverte scientifique. Ce n’est qu’une hypothèse personnelle basée sur la littérature et sur mon expérience. Je suis peut-être passé à côté d’un élément qui invaliderait facilement mon hypothèse. Si c’est le cas, je serais heureux de l’apprendre. Aussi, je ne prétend pas que tous les cas de contamination du vin au TCA collent à mon hypothèse. C’est un problème complexe aux causes multiples. Mais la conversion en bouteille des phénols chlorés par des microorganismes qui peuvent y vivre me semble une option à considérer.


 (1)  Evaluation of Enology

(2)   Causes and origins of wine contamination with haloanisoles